12 février 2016

Les dessous de l’image

Brahim, rappeur de Bab el Oued

Romain Laurendeau

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué. Romain Laurendeau raconte sa rencontre avec Brahïm, rappeur de Bab El Oued.



« Au départ je voulais raconter l’histoire de quelques artistes de Bab El Oued, ce quartier populaire d’Alger. J’avais envie de rencontrer des jeunes qui se bougeaient, qui avaient envie de voir leur vie changer… On m’a présenté Brahïm et Paco, deux rappeurs du groupe Genoxy, et je les ai suivis pendant plusieurs semaines. Petit à petit, j’ai découvert des trentenaires traumatisés par la décennie noire, le conflit qui a opposé le gouvernement et les islamistes à partir de 1991. Une génération sacrifiée, qui paie encore les conséquences de cette guerre civile.

Sur cette image par exemple, Brahïm m’amène sur la place où il jouait enfant. Elle se situe à mi-chemin entre sa maison et celle de ses potes, c’était leur point de rendez-vous. Il me raconte ça et tout à coup il me dit : « Dahim est en prison, Toto est devenu fou, Papillon vit dans le bidonville… » A Bab El Oued, il ne reste que lui. Et pour lui, cette place symbolise son insouciance perdue.

Brahïm représente cette jeunesse de Bab El Oued dans l’impossibilité de se projeter, qui rêve d’avoir assez d’argent pour se marier et avoir un logement, un travail. Il passe ses journées dehors, vit de débrouille et de petits trafics, consommant régulièrement des psychotropes de toutes sortes pour pouvoir tenir.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir :

Finalement, en suivant ces rappeurs j’ai raconté l’histoire de leur quartier. Un quartier populaire, coincé entre la mer, le cimetière et la prison. C’est ici que le FIS est né, ici que les premières émeutes ont éclaté, en 1988.

Aujourd’hui, tout le monde peine à se remettre de la guerre civile. Et si officiellement le gouvernement a rétabli la paix, la radicalisation des moeurs s’est diffusée. Les femmes en niqab dans la rue, ça n’existait pas il y a vingt ans ! Bab El Oued étouffe à nouveau. »


Propos recueillis par Marion Quillard



Trait de s?paration
Trait de s?paration
Trait de s?paration

Version imprimable de cet article Version imprimable
Partager


En librairie

N°13 - PRINTEMPS 2017

DES BÊTES ET DES HOMMES


Enquête LE BUSINESS DE LA FOURRURE

Photobiographie ERDOGAN LE SULTAN

Portfolio L’APPEL DE LA VOLGA

Septembre 2017

trait de séparation

Les coulisses d'une photo, racontées par son auteur

Reportages, enquêtes, coups de coeur de la rédaction

Au micro de 6Mois, des lecteurs réagissent à une histoire publiée dans la revue

Chaque mois, le libraire Marc Pussemier conseille un livre de photographie