2 mars 2017

Les dessous de l’image

Après la désintox

Emily Macinnes

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué. Emily Macinnes raconte son immersion dans un centre de désintoxication pour mineurs, en Colombie



« Cela fait longtemps que l’idée de photographier la Colombie me titille. Alors, en 2014, je suis partie avec mon appareil et l’esprit ouvert aux idées de sujets qui s’offriraient à moi. J’ai entendu parler d’un centre de désintoxication pour les mineurs, à Cali, une ville à l’ouest de la Colombie. Les garçons accueillis ont entre de 5 à 18 ans. La drogue peut commencer très tôt… Ces gamins arrivent là par choix ou pas, certains sont amenés par leurs parents, d’autres par la police… Ils vivent en vase clos. On ne leur donne pas de médicaments pour lutter contre l’addiction. Ils font de la méditation, du yoga… et essayent de se reconnecter au monde qui les entoure.


Lorsque je suis arrivée, les garçons avaient soif d’histoires, ils n’arrêtaient pas de m’interroger sur ma vie, mon pays… J’ai passé trois semaines avec eux en participant à leurs activités, j’ai joué au foot… Je ne suis pas le genre de photographe qui reste en permanence en arrière-plan. Je préfère me retirer juste au bon moment pour photographier. Comme là, pour cette image.


Ruben a 18 ans. Il a choisi de s’en sortir, il n’a pas été poussé par ses parents, il voulait de l’aide. Avant de prendre la photo, nous discutions tous les deux des raisons pour lesquelles il en était arrivé là. Il vient d’une communauté où beaucoup de gamins sont en contact avec la drogue. Lui-même servait d’intermédiaire pour son frère aîné. Jusqu’au jour où il a commencé. Il avait 13 ans.


Quand je l’ai rencontré, il arrivait au bout de son séjour au centre. Il était inquiet parce qu’il allait retourner dans le même environnement qu’avant. La scène était calme et sincère, contrairement à certains moments où les garçons me sollicitent pour être photographiés. C’est là que j’ai pris la photo. Elle résume l’ensemble du reportage, parce qu’elle raconte la profondeur émotionnelle de l’expérience vécue par les garçons de ce centre. »


Propos recueillis par Victoria Scoffier



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