20 novembre 2015

Les dessous de l’image
de #MYOP in Paris

"C’est ça, des réfugiés ?"

Olivier Laban-Mattei

Les photographes de MYOP racontent les coulisses d’une de leurs images exposées à Paris à l’occasion des 10 ans de l’agence.





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© Olivier Laban-Mattei/MYOP


« Elles ont marché des mois durant à travers la Centrafrique en guerre. Elles ont presque toutes perdu un mari, un père, un fils, assassinés, disparus, torturés, morts de faim, et vu leur village brûlé, leur maison pillée, leur bétail volé. Ces femmes musulmanes, peulhs pour la plupart, font partie du demi-million de Centrafricains errant à travers la brousse pour fuir les atrocités d’un petit pays embrasé depuis fin 2013. La longue route de l’exil a mené 130.000 personnes ici, à l’est du Cameroun. Ce matin, à l’aube, un bus les porte d’une zone de transit jusqu’à un camp de réfugiés.


Les visages révèlent la joie d’être sauvés et l’inquiétude de ce qui vient. Plus nous avançons, plus ils se perdent dans les pensées. A l’avant, les enfants s’amusent. Les premières tentes apparaissent, masse informe de tissus et de bâches. Des regards surgissent des abris et observent les nouveaux venus derrière leurs vitres. Dans le bus, une dame dit : « En fait c’est ça, des réfugiés ? » Pour la première fois, en voyant ces hommes et ces femmes hagards, elle réalise avec effroi ce qu’elle va devenir.


Elles vont rester quelques jours dans des hangars avant de se voir attribuer une tente en fonction de leur communauté et de la taille de leur famille. Elles n’ont aujourd’hui aucun espoir de retourner en Centrafrique, où les deux principaux camps opposés continuent à semer la terreur. Ni la force militaire française Sangaris ni la mission de stabilisation envoyée par l’ONU n’ont réussi à arrêter les violences. J’ai passé des mois à photographier ces réfugiés de guerre, au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique. La plupart connaissent des traumatismes énormes, mais personne ne parle d’eux, de leurs blessures physiques et psychologiques. La devise historique de Centrafrique est « Zo kwe zo », Un homme en vaut un autre. J’ai souvent l’impression désagréable qu’ici, chez les politiques, dans les médias, on considère que là-bas, un homme ne vaut rien. »


Propos recueillis par Léna Mauger


Cliquez sur la planche contact pour l’agrandir :


Retrouvez la série d’Olivier Laban-Mattei à la Galerie l’Aiguillage, 19 rue des Frigos 75013 Paris. Jusqu’au 28 novembre 2015



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