23 septembre 2011

« C’est notre Jeanne d’Arc »

Dans son numéro 2, 6 MOIS raconte le quotidien de jeunes filles dans un pensionnat militaire cosaque, au sud de la Russie. Fiers de leurs traditions guerrières, les Cosaques acceptent rarement de voir les femmes prendre les armes. Ioulia Tkatchenko est la seule femme en Russie à diriger un de leur régiment.





La famille occupe une place de choix dans l’échelle des valeurs cosaques. L’idée d’être dirigée par une femme, beaucoup moins. À 66 ans, Ioulia Tkatchenko est Ataman : le chef, c’est elle.

Ioulia a perdu ses parents pendant la seconde guerre mondiale. Née en Ukraine, elle passe son enfance dans un orphelinat du Kazakhstan et reste dans le pays une bonne partie de sa vie. Pendant longtemps, elle n’a rien su de ses origines. Elle est aujourd’hui la seule femme au monde à diriger une troupe cosaque. Plus de 300 hommes sont sous ses ordres.

En 2009, la radio du Kremlin, Voice of Russia, consacre un portrait au « phénomène », sorti du petit village de Makra, à une centaine de kilomètres à l’est de Moscou. Un an plus tard, l’AFP célèbre la journée de la femme en racontant son histoire (voir ci-dessus).

Ioulia était orpheline et exilée loin du pays qui l’a vu naître. Le destin est décidé à ne pas l’épargner : elle perd cinq enfants et doit subir trois opérations lourdes. En remontant la piste de ses ancêtres, la jeune femme découvre que l’un d’entre-eux était Cosaque. Pas n’importe lequel : la légende dit qu’elle descendrait de Yemark, l’un des plus célèbres chefs cosaques, conquérant de la Sibérie.

À 60 ans, elle décide de partir en Russie avec son mari pour se rapprocher de son fils. Ses voisins sont cosaques. Ensemble, ils décident de former un régiment. Ioulia Tkatchenko se rend à Moscou, fait enregistrer la communauté auprès de l’administration. Dans sa ville, elle veut redonner aux Cosaques leur mission ancestrale : maintenir l’ordre et assurer le respect des valeurs de la Sainte Russie. Elle est élue Ataman de la communauté.

Les Cosaques n’ont pas toujours bonne réputation en Russie. Fanfarons ou sauvages, ils inspirent souvent la méfiance ou la moquerie, c’est selon. Des cosaques dirigés par une femme ? Cette fois c’est à l’intérieur de la communauté que certaines voix s’élèvent. Et l’âme russe dans tout ça ? Mais les menaces ne l’impressionnent pas : « Moi je n’ai peur de rien ni de personne, je suis Cosaque », répond Ioulia.

Chez ses hommes, Madame Tkatchenko fait l’unanimité. « Chez vous il y avait Jeanne d’Arc, chez nous il y a Ioulia » disent-ils. Elle impose le respect, mais l’âme russe n’est jamais très loin. « Ioulia, ce n’est pas un chef qui ordonne, c’est une mère qui demande », ajoutent les mêmes. Et pour mettre tout le monde d’accord, de retour à la maison, c’est elle, chef ou pas, qui sert le thé à la troupe.


Mathilde Boussion



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