26 septembre 2013

Les dessous de l’image

"C’est notre symbole"

Zeppelin

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué



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© Zeppelin

« Cette photo a été prise en 2007 lors de notre premier voyage au Bangladesh. Géographes de formation, nous avons d’emblée été fascinés par ce pays de contrastes, un des plus densément peuplés et des plus pauvres de la planète. Certaines zones sont réputées dangereuses, mais hors de question de prendre un guide : nous voulions sortir des sentiers battus.


C’est ainsi que nous débarquons un matin à Hazaribagh, en périphérie de Dacca, un des quartiers les plus pollués de la planète. La concentration de tanneries, de déchetteries et de farines animales empoisonne cette banlieue dont les trois quarts des hommes meurent avant 50 ans.


Appareil photo à la main, nous nous faufilons parmi les habitants. Non loin d’un homme qui lave des poissons dans un bassin insalubre, une femme renverse un panier rempli d’écailles de serpents. Elle les fait sécher pour qu’elles puissent être utilisées en Chine comme produit aphrodisiaque. La chaleur est insupportable, les travailleurs sont exténués. La beauté de cette femme, enveloppée dans un sari de mariage rouge, détonne dans un endroit aussi dur. Nous avons envie de la photographier mais, dans un pays musulman, il est très difficile de s’approcher des femmes. Elle semble méfiante, nos photos la gênent.


Heureusement nous avons appris le Bengali. Aux premiers mots que nous prononçons, elle s’arrête, abasourdie. C’est la première fois qu’elle entend des Occidentaux parler sa langue. " C’est bon, faites votre travail " dit-elle en nous touchant le bras avant de déverser les écailles tout près de l’objectif. Il a suffi d’un seul cliché.


Cliquez sur l’image pour l’agrandir :

A la fin de la journée, elle nous a invité chez elle pour nous présenter à sa famille. Nous retournons désormais la voir à chacun de nos voyages au Bangladesh. Ces gens ont été à l’origine de plusieurs reportages. Le travail de son mari, chercheur d’or dans les égouts, est le sujet qui a fait connaître Zeppelin. Un an et demi plus tard, son oncle maternel nous a permis de rentrer dans les chantiers navals de Chittagong. Cette photo est donc très importante pour nous car elle représente le début de notre carrière. C’est devenu le symbole de Zeppelin. »


Propos recueillis par Alice Rosenthal



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