15 décembre 2017

Cathédrale sur rails

Emile Ducke

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Emile Ducke revient sur son voyage à bord du train médical Saint-Lukas, au cœur de la Sibérie.



« Nous sommes en novembre 2016, le long de la ligne du Transsibérien. Voilà plusieurs jours que j’ai pris place à bord du Saint-Lukas, l’un des cinq trains médicaux qui sillonne la Sibérie et l’Extrême-Orient russe. Véritable désert médical, cette partie du monde abrite de nombreux villages aujourd’hui dépeuplés. Dans ces hameaux, il n’y a parfois plus de médecin depuis longtemps.

Pour pallier l’absence de soins, le ministère de la santé russe envoie depuis 2009 des équipes médicales parcourir en train ces étendues glaciales. Le Saint-Lukas circule la nuit. Au petit matin, des soins et examens sont réalisés gratuitement par les dix-sept médecins présents à bord, qui peuvent examiner jusqu’à 150 patients par jour. Sur l’année, ils voient 15000 malades environ. Les habitués du Saint-Lukas sont des villageois pour la plupart âgés, qui n’ont pas les moyens de rejoindre une ville plus connectée.

Pour agrandir cliquez sur l’image : Un matin, le train s’arrête dans la petite ville de Kuragino, dans la région de Krasnoïarsk. Les habitants de cette localité ne voient passer le Saint-Lukas qu’une fois par an. Alors qu’il fait -38 degrés dehors, je vois des patients affluer avant et après leurs traitements médicaux vers le dernier wagon. Je les suis. Là, je découvre une chose étonnante : le Saint-Lukas dispose d’un wagon-cathédrale. Un prêtre du coin, le père Igor, est en train d’y célébrer l’office religieux.

Cette photo se détache de l’ensemble de mon travail car elle célèbre un pan de l’histoire de la Sibérie. Elle nous replonge dans la Russie impériale, époque où ces cathédrales sur rails miniatures se développent avec la vague missionnaire. Elle nous renvoie à l’âge d’or du chemin de fer transsibérien et son rôle clé dans l’ouverture de cette région sur le monde. Et c’est ça qui m’a marqué dans ce wagon-cathédrale. Derrière la petite histoire de ce train médical qui visite les plus reculés, il y a la grande Histoire. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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