1er mars 2013

Chine intime

Dans le numéro 4 de 6Mois, Elisa Haberer raconte le quotidien de trois jeunes Chinoises. « My lucky bird », la version filmée de son projet, sera diffusé à la télévision en mars



La photographe française Elisa Haberer a suivi pendant un an trois jeunes filles de Pékin : Lei Shuang Mei quitte son petit ami pour étudier en Angleterre et faire plaisir à ses parents ; Wang Meng, qui vit seule avec sa mère, décroche un emploi au Club Med de Bali ; Tang Qi se noie dans la mégalopole, n’arrive pas à trouver de travail et s’enfonce dans la dépression. Rien de plus, dans la version filmée, sinon le son. Et tout ce qui passe dans les corps en mouvement, les tremblements de voix et les silences.

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Wang Meng, Bali ©Elisa Haberer

Elisa Haberer voulait faire de sa caméra « le quatrième personnage » de son film. Elle assume « le côté webcam, les regards caméras et les filles qui (l’)interpellent », cette place de bonne copine plus palpable peut-être que dans le reportage photo. « C’était un postulat de départ. Ces jeunes filles font partie de la première génération de Chinois qui peuvent s’approprier la parole, dans cet espace nouveau de réforme économique et de consommation de masse. Je voulais provoquer cette prise de parole, ce « je », en braquant une caméra sur elles. »

Quand elle lance ce projet, en 2010, Elisa Haberer vit en Chine depuis six ans. Elle sait qu’elle va rentrer en France mais elle veut, avant, raconter l’intimité de la société chinoise, ce qu’elle a découvert en partageant le quotidien des Pékinois. Elle passe une annonce : « Photographe française cherche, à Pékin, jeunes femmes à un tournant de leur vie, entre 20 et 30 ans, pour participer à un projet de film et de photographie ». Elle reçoit plusieurs réponses, en sélectionne trois. Le tournage dure un an. Les filles l’appellent dès qu’il se passe quelque chose, Elisa Haberer accourt. Avec Tang Qi, elle passe de longues heures dans des cafés à lui remonter le moral.

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Tang Qi, Pékin ©Elisa Haberer

Il est rare de pouvoir observer le même projet en deux versions, photo et vidéo. Il est encore plus rare qu’une seule journaliste, femme Shiva, soit derrière le boîtier. Elisa Haberer est photographe ; elle a appris à filmer pour ce projet. « Un vieux rêve. Mais le plus dur, ça a été de savoir quoi filmer et quoi prendre en photo. Quand j’arrêtais de filmer, j’avais si peur qu’il se passe quelque chose d’important qui ne rende rien en photo ! » Il fallait faire des choix : par exemple, le moment où Wang Meng salue ses parents dans un dernier au-revoir, à l’aéroport, a été immortalisé en photo. Tout le reste, les embrassades, le passage du portique, fait partie du film. Pour s’y retrouver, Elisa Haberer dérushait tous les soirs : un travail monstre.

Elle ne tourne plus depuis mai 2011. Mais chaque semaine, les trois jeunes filles lui racontent la suite de leurs péripéties. Tang Qi est retournée vivre dans sa province natale. Lei Shuang Mei travaille dans le magasin de musique où elle jouait de la batterie avec son amoureux avant de partir pour l’Angleterre, où elle a obtenu son diplôme. Wang Meng est rentrée en catastrophe de Bali, où elle a attrapé la rougeole. Après un séjour dans un Club Med japonais, elle est rentrée à Pékin et travaille en tant qu’assistante maternelle dans une école pour des enfants « dotés d’un talent ». « Mais il n’y aura pas de My lucky bird 2 : la suite de leurs aventures, c’est leur vie privée. Leur intimité. »

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Lei Shuang Mei, Pékin ©Elisa Haberer

Marion Quillard





"My lucky bird"
d’Elisa Haberer

sera diffusé sur Public Sénat :
- Lundi 4 mars à 22h30 (tchat en direct avec la réalisatrice)
- Samedi 9 mars à 22h (suivi d’un débat à 23h sur la Chine animé par Benoît Duquesne)
- Dimanche 10 mars à 18h
- Lundi 11 mars à 17h15
- Samedi 16 mars à 15h15
- Dimanche 17 mars à 9h



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