8 septembre 2013

Visa pour l’image

Didier François et Edouard Elias, toujours otages

Trois mois déjà. Vendredi 6 septembre, des rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes de France pour réclamer la libération de deux journalistes retenus en Syrie, Didier François et Edouard Elias. À Perpignan, leurs amis les racontent.



Il y a l’ancien et le benjamin, le « vieux de la vieille » et le « petit Prince ». L’un a pris l’autre sous son aile, et ils se sont retrouvés en Syrie pour couvrir ensemble cette guerre qui a déjà fait plus de 100 000 victimes. Le 6 juin dernier, Didier François et Edouard Elias ont été enlevés alors qu’ils tentaient de rejoindre Alep. Vendredi à Paris, lors d’un rassemblement qui réclamait la libération des otages, Serge July, co-président du comité de soutien, a parlé d’un « groupe qui se réclame de la résistance ».

Beaucoup des professionnels présents à Visa pour l’image ont côtoyé l’un ou l’autre. Avant d’être grand reporter à Europe 1, Didier François a écumé les théâtres de guerre pour le Matin de Paris et surtout Libération. En Tchétchénie, à Sarajevo, à Gaza ou en Syrie, il a marqué ses collègues. Le journaliste du Monde Jean-Philippe Rémy, qui a passé quelques temps avec lui en Syrie, parle d’un « dinguo de la préparation » : « Moi qui pars toujours avec deux stylos, deux chemises et un couteau, il m’a forcé à acheter un sac ultra-commando, un duvet, et d’autres conneries. Il ne laisse rien au hasard. »

Pour le photographe Éric Bouvet, il est « Monsieur Bons Tuyaux », « gentil et démerde ». Jérôme Delay se souvient de leur première rencontre, à l’Hôtel Holiday Inn de Sarajevo, en 1993 : « J’ai vu un type qui riait fort, très fort. J’ai vite compris que c’était le champion des blagues pourries, et qu’on allait devenir copains. Et puis plus tard, sur le terrain, j’ai découvert une encyclopédie vivante, un type capable de reconnaître à l’oreille n’importe quelle arme. »

Didier François a rencontré Edouard Elias en Syrie. Lui n’a rien du grand gaillard volubile : il est timide, discret. Sa première apparition à Perpignan date de l’année dernière, il y rencontre bonnes âmes et grands frères. Parmi eux, le photographe Sylvain Leser, qui dit avoir fait la connaissance d’un « beau garçon, humble et modeste, franc du collier ». Très vite, il le surnomme « le petit Prince » et le présente à Getty, puis à une nouvelle agence, Haytham. « Il nous a montré des photos qu’on aurait rêvé faire, on avait la langue par terre, et il disait  : “Ah bon, tu crois ?”, raconte Christian Sauvan-Magnet, co-fondateur de l’agence. À Perpignan, il était perdu, il n’avait pas confiance en lui. »

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© Sylvain Leser. À Visa pour l’image, en 2012, Edouard Elias montre ses photos à Rémy Ourdan et Patrick Chauvel.

Le photographe Chris Huby l’emmène avec lui en Syrie une nouvelle fois, en février, puis en Birmanie. Tout début juin, Edouard Elias s’envole pour l’Afrique du Sud, soutenu par une autre grande sœur, la réalisatrice Stéphanie Lamorré, pour travailler sur le thème de « l’espoir » pour les ateliers du Worldpress : « Le lendemain de son arrivée, il m’a dit qu’il avait l’opportunité de partir avec Didier François en Syrie. Que pour lui, c’était là-bas qu’il fallait travailler sur “l’espoir”. » Il quitte l’Afrique du Sud cinq jours après son arrivée et, deux jours plus tard, les deux journalistes sont enlevés. Christian Sauvan-Magnet confie : « On boit un coup et on se dit : “Il serait bien là, avec nous.” » Il n’a pas du tout apprécié la minute de silence organisée jeudi soir à Visa : « C’était de mauvais goût. Ils ne sont pas morts enfin ! » Ils sont même très attendus. Chris Huby lève les yeux : « Quand tu vas rentrer mec, on va bien s’occuper de toi. »

Marion Quillard


- Pour retrouver une interview d’Edouard Elias enregistrée par Chewbahat Storytelling Lab en partenariat avec Heytham, quinze jours avant son départ en Syrie, et diffusée par le site Rue89, cliquez ici


- Selon RSF, vingt-cinq journalistes ont été tués en Syrie depuis mars 2011. Quatorze journalistes étrangers et plus de soixante journalistes et citoyens-journalistes syriens sont détenus ou disparus après avoir été arrêtés ou kidnappés.



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