N°1 - Printemps 2011

ombre
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Edito

Un journal n’est jamais le fruit du hasard, mais la conjugaison d’émotions, de déclics et de rencontres qui s’imposent comme une évidence. Une création de presse est comme une histoire d’amour qui bouscule tout sur son passage. Le choeur des esprits raisonnables s’alarme : « Le photojournalisme est mort ! », « Vous êtes fous »… Ils ont raison. Mais c’était plus fort que nous.


6 Mois s’enracine dans une certaine idée du photojournalisme née dans les premières années du XXe siècle et dont l’onde de choc dure encore. Pendant la guerre d’Espagne, Robert Capa a créé le mythe du reporter de guerre : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est qu’elles ne sont pas prises d’assez près. » La première image du camp de Dachau est parue dans l’hebdomadaire Vu, la victoire des Alliés et l’essor de l’american way of life ont été immortalisés à travers le regard romanesque des magazines Life et Look.


A 6 Mois, nous croyons que ce journalisme en image est possible. L’engagement d’Eugene Smith, qui voulait « plonger au coeur de l’image » et réaliser le reportage total, a marqué les esprits. Cet « instant décisif », dont Henri Cartier-Bresson parlait à propos de la photographie, a imposé la photo au coeur des journaux. Notre mémoire collective est empreinte des reportages de Brassaï, Boubat, Doisneau, des images de la guerre d’Indochine et de celle du Vietnam, du désert de Depardon, des fermiers américains de Richard Avedon, des foules chinoises de Marc Riboud.


Mais le cadre du photojournalisme a explosé. Le marketing et le numérique ont modifi é la donne. Inexorablement, l’illustration remplace le reportage. Chaque jour, trois agences internationales – AFP, Reuters, AP – avec une myriade de correspondants locaux, inondent d’images d’actualité les sites, les téléphones, les magazines, les gratuits.


La photographie et le journalisme ont changé. Alors nous avons imaginé 6 Mois, pour refonder le lien entre le journalisme et la photo, renouer le pacte entre le lecteur et les photographes, trouver le point de rencontre entre l’appétit du public et l’énergie parfois stupéfiante des auteurs. Les repères qui nous guident sont éternels : authenticité, pertinence, engagement. Il en faut du courage et de l’envie pour passer des semaines, des mois, parfois des années sur un sujet. Il en faut de l’exigence et de la patience.


Mais 6 Mois est une aventure pour des temps nouveaux. Nous habitons une petite planète de près de sept milliards d’individus. Ce siècle est jeune. Il se façonne au Brésil, en Indonésie, en Chine, en Egypte. Aussi les auteurs qui nous ont rejoints sont chinois, équatoriens, russes, belges, canadiens, somaliens, américains, français… La liste des crédits photographiques rassemble plus de vingt nationalités.


Il faut voir loin et embrasser l’époque. D’autres pays, en Europe, en Amérique du Nord, mais aussi en Amérique latine et en Asie, vont nous rejoindre, au fil des numéros. Les textes seront traduits, le contenu sera le même, la parution simultanée. Deux fois par an, aux premiers jours du printemps et aux premiers jours de l’automne, 6 Mois sera un trait d’union entre les continents.

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Commentaires Comments
  • Bonjour !
    Un petit coup de gueule à l’occasion de la lecture de ce superbe premier numéro de 6 Mois, que j’ai enfin réussi à me dégoter (bon plan, les relais des gares tgv !). Magnifique ! Merci et bravo de nous redonner envie de croire au journalisme !
    Cependant, dans le chapeau du reportage sur la Tunisie, vous énumérez les pays dans lesquels la population est descendue dans la rue. Et là, miracle, comme chez vos confrères du Monde, de Libé et compagnie, vous oubliez le Maroc. Ne me dites pas que certains des membres de la rédaction possède aussi un riyad à Marrakech et que vous pensez que la monarchie théocratique exécutive chérifienne est une démocratie.
    Le Mouvement du 20 février, ça ne vous dit rien ? Je vous conseille d’aller faire un petit tour sur ce site d’info indépendant dont la version francophone est née dans les sillages de ce Mouvement. http://fr.lakome.com/politique/42-a...
    Cela dit, j’attends avec impatience le 22 septembre.
    Bon vent à vous !

    12 septembre 2011 14:51
    Trait de séparation
  • Voilà enfin LE magazine de photoreportages de mes rêves.
    Je l’ai adoré : la mise en page, le format, la qualité du papier, le choix des reportages et cette profusion de photos....tout m’a séduite !!
    Vivement le 22 septembre que je découvre le n°2 !!!
    Longue vie à 6 mois !

    Céline 29 août 2011 21:41
    Trait de séparation
  • Photographe amateur depuis mon adolescence (j’ai 49 ans...), je suis toujours à la recherche de la photographie au service de l’humanisme. Là, je suis comblé, de nouveau et enfin !
    6 mois, c’est la juste durée dans ce monde instantané où il faudrait toujours réfléchir plus vite que son ombre...Le reportage photographique a toujours sa place, vous en êtes la preuve.
    Longue vie à 6MOIS !
    Merci
    Mr Rocchi

    Fabrice Rocchi 23 avril 2011 12:19
    Trait de séparation
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