30 janvier 2014

Les dessous de l’image

"Entre le diable et la mer"

Preston Gannaway

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué.



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© Preston Gannaway


« C’est en m’installant à Norfolk, en Virginie, il y a cinq ans, que j’ai décidé de commencer la série « Entre le diable et la grande mer bleue ». Le quartier d’Ocean View longe la baie de Chesapeake et mon objectif était d’observer le mode de vie d’une communauté de travailleurs en bord de mer, la relation qu’entretiennent les gens avec la nature.

L’année dernière, j’ai déménagé à nouveau, de Virginie en Californie. Pour mon projet de livre, je suis revenue faire des photos à Ocean View. Celle-ci a été prise lors de mon dernier séjour, à la toute fin du mois d’août. A cause de la chaleur, j’avais décidé de me lever très tôt le dimanche pour faire un tour à la plage, voir si je ne pouvais pas trouver quelque chose d’intéressant à photographier. En sortant de voiture, j’ai vu un attroupement sur le parking, les gens étaient tous habillés de blanc. Mon cœur a fait un bond : j’avais déjà vu des groupes religieux de la communauté noire dans le coin, vêtus de cette manière, j’ai su tout de suite ce qui était en train de se passer.

C’est bizarre parce que j’ai passé des années ici à tenter de comprendre cette communauté. Je veux dire, intimement. Et je n’avais jamais entendu parler de groupes qui baptisaient leurs fidèles dans la mer. Tomber là-dessus par hasard était vraiment un coup de chance extraordinaire. Je n’en croyais pas mes yeux !

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© Preston Gannaway


Les gens étaient très gentils. Nous avons discuté de la cérémonie, de mon envie de les prendre en photo, ils m’ont laissée être au plus près, avec eux dans les vagues. Ma présence ne les gênait pas. Une des pasteures que l’on voit ici m’a dit qu’elle avait prié pour que mon appareil ne prenne pas l’eau ! J’étais subjuguée par leurs émotions, ils avaient quelque chose de fort en eux. Je leur suis très reconnaissante de m’avoir laissée partager leur expérience.

Une chose que j’aime particulièrement dans cette photo, c’est qu’elle illustre la force spirituelle de la relation entre l’homme et la mer. La plupart des autres photos du projet montrent les interactions avec la nature, mais cela n’a rien à voir. Il n’y a pas cette intensité. En tant que photographe, cette journée à la plage m’a fait l’effet d’une piqûre de rappel : il n’y a rien de mieux que de sortir, dehors, sur le terrain. Car tu ne sais jamais ce que tu vas y trouver. »

Propos recueillis par Mathieu Palain



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