11 février 2019

Fous de deux-roues

Muhammad Fadli

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Dans l’archipel indonésien, on les appelle les « Vespa poubelles  ». Leurs constructeurs, eux, les surnomment « Vespa extrêmes ». C’est aussi le nom qu’ils ont donné à leur communauté, à laquelle appartient Iponk, au centre sur la photo, entouré de son fils, à droite, et d’un compagnon de route. Tous les trois, ils ont parcouru des centaines de kilomètres depuis Sumatra, souvent de nuit pour éviter les policiers, afin d’assister à un festival qui rassemblent d’autres fous de deux-roues comme eux.

En Indonésie, pour de nombreux amateurs de scooters, la célèbre Vespa italienne inventée par Piaggio reste un emblème. La première version que l’on peut voir dans les rues de l’archipel remonte aux années 1960, lorsque la mission indonésienne de maintien de la paix en Afrique retourne au pays les bras chargés de Vespa. Depuis, dans de nombreuses villes d’Indonésie, on entend ronronner le moteur du légendaire deux-roues italien.

Mais au début des années 2000, une fois la liberté d’expression retrouvée après la chute du régime autoritaire de Suharto, son design commence à être réinventé par quelques passionnés de cylindrés. À partir du squelette original, ces bricoleurs de l’extrême rivalisent d’inventivité et d’habileté pour créer ces engins farfelus, sur mesure, qu’on croirait tout droit sortis d’un film de Mad Max.

Le photographe Muhammad Fadli a sillonné l’archipel dont il est originaire, de Jakarta à Lampung, en passant par Java, afin de rencontrer ces scootéristes débridés : « Les attelages sont parfois difficiles à qualifier, tant leur look ont été bricolés. Certaines de ces Vespas ont plus de vingt pneus attachés à des cadres en acier bon marché, d’autres sont ornées d’un squelette de bison, de bambou, ou de déchets glanés par leurs propriétaires sur la route. Difficile de donner un chiffre, car elles essaiment sur toutes les îles de l’archipel  », explique Muhammad qui estime malgré tout qu’on peut en compter environ un millier. Si ces Vespa de l’extrême sont plutôt conçues pour participer à des concours ou festivals, leurs propriétaires les conduisent sur des centaines de kilomètres… bien qu’elles ne soient pas toujours en état de rouler.

Cette photo est extraite du premier livre de Muhammad Fadli, « Rebel Riders », sorti en novembre dernier, paru aux Editions DNCHT.
Voir son site : https://www.muhammadfadli.com

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