1er mars 2015

Giovanni Troilo conserve son World Press

Saisie par le maire de Charleroi pour une "grave falsification de la réalité" dans un sujet primé au World Press, la direction du prestigieux prix de photojournalisme a enquêté sur les méthodes du photographe, Giovanni Troilo. Elle juge qu’il n’a pas "enfreint les règles de l’éthique journalistique".



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Capture d’écran du site de Giovanni Troilo

Dans une lettre adressée au World Press, le maire de la ville belge de Charleroi dénonçait de graves manquements à la déontologie de la part du photographe primé : « C’est tout sauf du photojournalisme ! »

Giovanni Troilo a reçu le premier prix du World Press dans la catégorie « problématiques contemporaines » pour une série de dix photos prises à Charleroi intitulée « Le cœur noir de l’Europe ». La ville y est présentée comme un endroit malade, après avoir subi « l’effondrement de l’industrie textile, la montée du chômage, de l’immigration et la flambée de la petite délinquance ».

Dans un article publié vendredi (que vous pouvez retrouver ici) nous évoquions les questions soulevées par la série de Giovanni Troilo.

Jeudi 26 février, deux semaines après avoir rendu public son palmarès 2015, la direction du World Press annonçait sur son site qu’elle enquêtait sur les méthodes du photographe italien. Elle vient de rendre sa décision : Giovanni Troilo n’a pas trahi les règles du métier, il conserve son prix.

« Le maire de Charleroi a tiré ses propres conclusions de la série de dix images primée par le World Press. Certaines des citations de sa lettre ne figurent pas dans les légendes de Giovanni Troilo. Le jury ne les a vues ni dans la sélection présentée, ni ailleurs. Les photos de Giovanni Troilo ne peuvent pas être taxées de falsifiées ou de trompeuses ».

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Capture d’écran du site du World Press


Dans un long communiqué publié sur son site, la direction du World Press détaille les points de son enquête. Le photographe est invité à s’expliquer sous certaines de ses photos. Il décrit ses méthodes de travail :

« J’ai photographié des routes, des maisons, des gens dans la rue, dans leurs appartements et dans les supermarchés. J’ai parlé aux travailleurs, aux retraités et aux jeunes de la ville. Les images choisies pour le World Press ne sont qu’un échantillon d’une grande collection de photos.

Je me suis rendu de nombreuses fois à Charleroi dans ma vie, je n’ai rien contre la ville ou ses habitants. Avant, pendant et après le reportage je n’ai cessé de vérifier dans les journaux si l’image que je me faisais de la ville correspondait à la réalité. Je me suis toujours demandé si cette vision était biaisée. A chaque fois j’ai vérifié, et à chaque fois ma perception s’est confirmée. J’ai toujours recueilli l’opinion des gens.

Certaines scènes se sont déroulées juste devant mon objectif (les policiers, l’asile psychiatrique, les pilules, les immeubles) et dans ce cas je n’ai eu qu’à me trouver au bon endroit au bon moment, sans avoir à parler ou échanger quoi que ce soit avec les gens. Pour d’autres, comme la scène de la cage, par exemple, j’ai du expliquer mon projet afin de permettre la prise de vue. »


Cette image montre une femme nue, recroquevillée dans une cage grillagée, pas plus large qu’un caddie de supermarché. Autour, c’est très sombre, on dirait une cave. Giovanni Troilo admet avoir reconstitué la scène :

« Le Doberman et Klara sont mari et femme. Ils organisent des soirées (la plupart sadomaso) dans lesquelles on retrouve souvent les mêmes invités, ce qui rend l’atmosphère plutôt amicale. La première fois, je suis venu pour assister à une soirée gang bang. L’ambiance était totalement désinhibée. Le Doberman m’a reçu avec des chaînes autour du cou. Il avait les chevilles entravées. J’ai été très impressionné par les scènes qui se jouaient sous mes yeux de manière tout à fait naturelle, j’ai donc parlé de mon projet au Doberman. Je lui ai demandé si je pouvais le photographier avec sa femme. Ils acceptèrent avec plaisir et quelques jours plus tard je me trouvai à nouveau dans cet immeuble de trois étages qui, de l’extérieur, peut sembler abandonné. C’est là que j’ai shooté leurs portraits. »

La totalité du sujet de Giovanni Troilo est disponible ici.

Mathieu Palain



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