3 septembre 2014

Visa pour l’Image

Guerre du Vietnam, côté nord

De la guerre du Vietnam on a gardé en mémoire les photos prises au sud, par une génération entière de photojournalistes occidentaux. À Perpignan sont exposées les archives de « ceux du Nord », les photographes vietnamiens qui défendaient leur pays images au poing.



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© Maï Nam

Ils ne se déplacent qu’en bande, chaperonnés par une traductrice qui les choie comme des petits vieux un peu perdus et fatigués par le voyage. Les photographes Maï Nam, Doan Cong Tinh, Chu Chi Thanh et Hua Kiem ont quitté leur Vietnam natal pour Perpignan, où leurs images sont exposées au Couvent des Minimes. Assis à même les marches d’escalier, ils pensent à ceux qui n’ont pas pu venir : « Beaucoup sont morts pendant la guerre, et d’autres depuis, de vieillesse, dit Maï Nam, 83 ans. Il y aurait encore tant de photos à montrer... »

Le Français Patrick Chauvel n’est jamais très loin. Lui a couvert la guerre du Vietnam côté sud, comme l’immense majorité des journalistes occidentaux - le « bon » côté, celui soutenu par les Etats-Unis. À chaque bombardement américain il s’insurgeait : « Il y a peut-être des photographes comme moi là-haut. Comment font-ils ? Comment peut-on survivre à ça ? » . Quarante-cinq ans plus tard, il rencontre les photographes à Hanoï et décide de publier leurs archives dans un livre (Ceux du Nord, les Arènes-Fondation Patrick Chauvel) et une exposition au festival Visa pour l’Image.

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© Maï Nam

Leurs photographies ne racontent pas la guerre du Vietnam telle que nous l’avons vue, nous occidentaux, au travers des images de Don McCullin, Larry Burrows ou Gilles Caron : soldats découragés, regards fous, morts en pagaille. Elles ne cherchent pas à convaincre l’opinion publique que cette guerre, en plus d’être sale et injuste, est perdue d’avance. Qu’il faut arrêter le massacre. Non, les images de « ceux du Nord » ont un objectif contraire : la victoire. Cette guerre, il faut la gagner. Propagande inversée.

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© Hua Kiem

Les femmes sont en première ligne, les armes artisanales, la guerre propre. Très peu de morts sont montrés, qu’ils soient du Nord ou du Sud : cela entacherait le moral des troupes. Les soldats sont jeunes et vigoureux, le sourire aux lèvres, l’avenir à portée de main. Bien sûr, les photographes travaillaient sous l’autorité d’un organisme de propagande. Mais ce qui se joue sur ces photos est bien plus complexe. Maï Nam parle d’ « auto-censure » autant que de « censure » : « Je ne suis pas sûr que j’aurais aimé prendre d’autres photos… Ça n’aurait pas été bon pour la lutte de notre peuple… »

Doan Cong Tinh : « Nous voulions contribuer à la fin de la guerre, à la victoire. Il faut comprendre : c’était notre guerre. Nous étions directement impliqués. Nous sommes partis au front comme des milliers d’autres, avec le même costume et la même arme, pour gagner la même guerre. »

Le travail de mémoire est long. Doan Cong Tinh a découvert les images des photographes occidentaux il y a une dizaine d’années seulement : « Nous étions obligés de faire des photos, pas eux. J’ai beaucoup d’admiration pour ces collègues, dont beaucoup sont morts chez nous. »

Dans sa préface, Patrick Chauvel parle de « citoyens-photographes-combattants », et Maï Nam est incapable de préciser quel rôle prenait le pas sur les autres. Sa fille habite près de Perpignan, mais il a refusé de dormir chez elle : « Je dormirai à l’hôtel, avec mes frères d’armes », lui a-t-il répondu.

Marion Quillard

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© Doan Cong Tinh

"Ceux du Nord"


L’exposition :
Photographies de Doan Cong Tinh, Chu Chi Thanh, Maï Nam et Hua Kiem
Au Couvent des Minimes, à Perpignan
Jusqu’au 14 septembre


Le livre :
Éd. Les Arènes-Fondation Patrick Chauvel
140 photos, 160 pages, 29,99 euros

Retrouvez également tout le programme de Visa pour l’image sur le site du festival : www.visapourlimage.com



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