3 avril 2014

Les dessous de l’image

« Guevara, prof d’anglais »

Chris Huby

Chaque semaine, un photographe commente l’une de ses images qui l’a marqué



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© Chris Huby

« En février 2013, je pars en Syrie avec Edouard Elias et Olivier Voisin. J’y vais pour plusieurs projets, notamment continuer mon travail sur les femmes dans les conflits. C’est un thème qui me travaille depuis plusieurs années. J’ai entendu une rumeur sur une femme surnommée Guevara qui serait devenue snipeuse à Alep - je veux aller voir ça de plus près.


Guevara était prof d’anglais avant la guerre. Ses enfants ont disparu et elle s’est engagée dans la défense de son quartier. Tous les soirs, elle fait des rondes. A l’époque, elle est la seule femme combattante. Comme elle parle très bien anglais, elle a beaucoup servi à l’Armée syrienne libre. Nous avons été parmi les premiers journalistes à la contacter mais depuis, elle est apparue dans beaucoup de médias différents.


Cliquez sur l’image pour l’agrandir :


J’ai pris cette photo à la fin du premier jour passé avec elle, pendant sa ronde. Elle m’a marqué parce que c’est une situation typique de la Syrie : une prof d’anglais prend les armes. En plus, j’étais avec Edouard Elias ce jour-là, il prenait ses photos de son côté, et à chaque fois que je vois cette image ça me serre le cœur. Et surtout, j’aime cette photo parce que c’est le moment où Guevara s’ouvre à moi. Nous faisons une pause café pour discuter. Les langues se délient, elle cesse d’être l’outil de communication de l’ASL pour redevenir la femme. Elle est d’origine palestinienne. Le combat est inscrit en elle. Son discours m’a beaucoup marqué, comme celui de beaucoup de femmes qui prennent les armes (contrairement aux hommes) : elle préfèrerait s’asseoir autour d’une table pour discuter. Le sniper, c’est la conjoncture. Elle ne va pas au combat pour dégommer tout ce qui passe, si je grossis un peu le trait... Elle se bat pour la paix. »


Propos recueillis par Victoria Scoffier


Lire l’article de Marion Quillard , "Didier François et Edouard Elias, toujours otages"



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