27 mai 2013

Les dessous de l’image

"Je suis fasciné par leur relation père-fils"

Ivor Prickett

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué



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© Ivor Prickett

« À la fin de l’été 2010, je pars dans le sud de l’Abkhazie, une région de Géorgie située entre les montagnes du Caucase et la mer noire. Ce territoire s’est autoproclamé indépendant au début des années 1990, mais ce statut n’est pas reconnu par la communauté internationale. Beaucoup de Géorgiens ont fui. Je m’intéresse à ceux qui sont restés, et parmi eux, aux saisonniers agricoles, à la vie plutôt rude. En cette fin de mois d’août, je sillonne les routes et photographie les récoltes de noisettes. Alors que je traverse une petite ville, je vois un homme sur le bas côté. Je lui propose de le ramener en voiture.


Tamas Jivanja est fermier. Il me présente à sa famille. Son fils Romeo, 16 ans, est handicapé. Je reste chez eux quelques jours, je partage leur quotidien, simplement. Je suis fasciné par la relation de Tamas avec son fils, c’est beau à regarder. Ils sont tactiles, très complices. Le tout dernier jour, Tamas décide de m’emmener à la rivière. Il m’en avait parlé un peu plus tôt et tenait à me la montrer. Nous partons tous les trois, en voiture. Nous traversons des paysages magnifiques. Lorsque nous nous arrêtons, il faut encore marcher à travers la brousse pour atteindre la rive. Impossible d’avancer avec le fauteuil. Tamas prend alors son fils dans ses bras et le porte tout au long de la marche. A seize ans, il n’est pas des plus légers !...


Nous atteignons enfin la rivière, le jour commence à baisser, la lumière est parfaite. Je rentre dans l’eau, je ne sais pas exactement à quoi m’attendre. Tamas prend son fils dans ses bras et l’amène dans l’eau, il ne le lâche pas, il le plonge, le sort, le replonge… Ils rient tous les deux, ils crient… Romeo est très content de se baigner. C’est un moment magnifique et joyeux. Des quelques images que je prends, celle que je garde est l’avant dernière de la pellicule. Le temps de recharger l’appareil, le moment est passé, de toute façon. Je repose alors l’appareil, et plonge pour les rejoindre. Le moment vécu avec eux est magique, nous nous installons finalement sur la berge, grignotons quelques en-cas et buvons une bière. De tout mon reportage, c’est la seule photo qui compte vraiment à mes yeux. J’ai eu beaucoup de chance d’être témoin de ce moment. »


Cliquez pour agrandir l’image ci-dessous :


Propos recueillis par Victoria Scoffier



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