11 avril 2012

L’Afrique dans le viseur

Ils sont trentenaires, elle s’appelle Jeanne Mercier et lui Baptiste de Ville d’Avray. Ensemble, ils ont fondé Afrique in Visu, un site Internet d’échanges et d’informations sur la photographie africaine.



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Baptiste de Ville d’Avray et Jeanne Mercier, aux 8e Rencontres de Bamako, en novembre 2009. © Sébastien Rieussec

Toute personne un tant soit peu intéressée par la photographie africaine finit par tomber sur Afrique in Visu, une association fondée il y a cinq ans et dont le web est l’outil principal. Conçu comme une plateforme participative, le site d’Afrique in Visu centralise tout type d’informations sur la photographie du continent africain : expositions, livres, projets originaux, ateliers, portfolios… On peut y découvrir par exemple le reportage sur les catcheurs congolais de Colin Delfosse ; le travail du collectif brazzavillois Génération Elili ; des chroniques de la vie quotidienne de contestataires sénégalais, par Camille Millerand et Simon Maro ; ou encore l’exposition de Zarina Bhimji, artiste ougandaise, à la Whitechapel Gallery de Londres. Les contributeurs sont des journalistes, chercheurs, galeristes, photographes… non rémunérés pour leurs piges. Il faudra faire avec, car l’association survit avec peu de fonds et seulement une centaine d’adhérents.


Au cœur du projet, deux personnes, Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray. Bamako, octobre 2006 : Baptiste de Ville d’Avray est photographe, Jeanne Mercier fait une thèse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle travaille sur les 6e Rencontres Africaines de la photographie de Bamako, festival fondé en 1994 par deux photographes français, Françoise Huguier et Bernard Descamps.


L’étudiante remarque la faible connexion entre photographes africains, leur visibilité médiatique réduite, et le manque de structures de formation. Le statut de photographe est très mal reconnu sur le continent africain. La presse locale donne peu de place aux images, la plupart - souvent des portraits - sont officielles. Les photographes salariés sont les « heureux élus » du milieu : leur rémunération est dérisoire, mais elle a le mérite d’exister. Pour les autres, il faut espérer vendre aux médias étrangers ou se contenter de publications non payées et non créditées sur l’Internet ou dans la presse locale.


Afrique in Visu naît de ce constat. Son premier but : fédérer les acteurs de la photographie africaine, toutes catégories confondues. Nul besoin d’être originaire du continent, il suffit d’y être amené par son travail : « On a refusé dès le début le label d’ “authenticité africaine”. Ce qui nous rassemble, c’est le territoire, non l’origine. Notre site parle de tous ceux qui travaillent sur l’Afrique, pas seulement des photographes africains », explique Jeanne Mercier. L’association est une bonne vitrine pour des photographes souvent indépendants, sans moyen de diffusion ni site web. Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray contribuent à les faire connaître, en jouant le rôle de relais avec les médias européens et les galeries.


L’association entend aussi contribuer au développement du photojournalisme en Afrique. Très active sur le continent (le tandem s’y rend 3 à 4 fois par an, au Maghreb, Afrique de l’Ouest et Afrique centrale principalement), elle organise des ateliers de formation, déniche des subventions, orchestre des expositions, met en contact rédacteurs (souvent des blogeurs) et photographes, à qui les qualités d’écriture manquent faute de formation. « Les photographes africains sont habitués à faire uniquement de l’actu. Nous essayons de leur apprendre à élaborer un reportage, à proposer du contenu. Beaucoup veulent savoir comment répondre à la demande de la presse internationale. Si seulement nous le savions nous-mêmes !..., poursuivent les fondateurs dans un sourire. Les photographes ont encore du chemin à parcourir, mais ils sont très motivés et pleins d’idées. » Les collectifs Génération Elili au Congo et Luxary à Madagascar rêvent même de créer leur propre publication papier.


Victoria Scoffier


Visiter le site d’Afrique in Visu ici.



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