16 juin 2011

L’Inde par elle-même

L’Inde est à l’honneur à Paris. Tandis que le centre Pompidou plonge le visiteur au cœur de l’art contemporain indien, Fabien Charuau et Dominique Charlet proposent une réflexion sur la photographie indienne à la galerie Duboys, dans le Marais.



Le titre de l’exposition est révélateur : « This is not that » (« Ce n’est pas cela »), ou comment la réalité se cache sous un voile d’illusions complexes. En choisissant d’exposer 10 photographes indiens, Dominique Charlet et Fabien Charuau ont voulu montrer l’essor d’une génération de photographes asiatiques qui s’écartent des canons de la photographie occidentale.


Jusqu’il y a peu, les photographes indiens apprenaient le métier en Europe ou aux Etats Unis. En l’absence de médiatisation de leur travail en Inde et dans les pays voisins, ils se voyaient contraints d’adapter leur regard aux attentes du public occidental. Depuis deux ans, avec l’apparition de galeries et de revues asiatiques telles que Punctum ou MotherLand, ils peuvent s’adresser directement à un public local. C’est cette émergence d’un regard porté par l’Inde sur elle-même que les deux commissaires de l’exposition mettent en avant.


« Cela favorise l’émergence d’un autre langage visuel, qui abolit les distances, explique Fabien Charuau. La photographie indienne est profondément marquée par l’empathie. » Cet état d’esprit découle selon lui de la manière de vivre en Inde. Là-bas, il est impossible de se trouver seul dans la rue, de jour comme de nuit. Les photographies de Binu Bhaskar sont empreintes de cette foule dense qui grouille au crépuscule. « La proximité avec autrui est à la fois inévitable et spontanée. Cela donne toute sa singularité à la photographie indienne », souligne Fabien Charuau.

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Binu Baskhar - Human Race.


En témoignent aussi les images de Dhruv Dhawan. Le photographe a arpenté les rues de Bombay de nuit, allant d’une personne endormie à une autre sans en réveiller aucune. En l’espace d’un an, il a photographié ces gens qui trouvent le sommeil, allongés sur une moto, dans une canalisation ou sous un réverbère.

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Dhruv Dhawan - Mumbai Sleeping.


Être empathique ne signifie pour autant pas éprouver de la pitié. La série photographique de Soham Gupta souligne cette nuance. Le photographe révèle la dignité des personnes habitant sous le pont reliant Calcutta et sa ville jumelle, Howrah. Plutôt que de les considérer comme des individus sans défense et dénués de tout, Soham Gupta cherche à montrer leur détermination et leur force mentale.

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Soham Gupta - The People of the Bridge.


Dans un avenir proche, Fabien Charuau et Dominique Charlet envisagent de créer un collectif photo. « Beaucoup de festivals continuent de montrer des images attendues sur l’Inde, plutôt que des photographies qui adoptent un regard différent », estime Fabien Charuau. En fondant un collectif, les deux hommes espèrent défendre la vision purement indienne de la réalité.


Fabien Charuau et Dominique Charlet sont les commissaires de cette exposition. Dominique Charlet a longtemps été directeur de Getty Images en France. Commissaire pour le Festival international de photographie de Pingyao en Chine, il est aussi le directeur artistique de la galerie Duboys. Fabien Charuau est un photographe français vivant en Inde depuis une quinzaine d’années.


"This is not that", jusqu’au 2 juillet à la Galerie Duboys.


Victoria Scoffier.



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