23 juin 2016

Les dessous de l’image

L’île aux traditions

Jeremie Jung

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué



« J’avais entendu dire qu’une communauté matriarcale existait en Europe, sur l’île estonienne de Kihnu, dans la baie de Riga. J’y suis allé une première fois et j’ai découvert que ça n’est pas du tout le cas. L’île compte à peine plus de 500 habitants, il n’y a pas de policiers. Les femmes sont fortes et c’est grâce à elles que les coutumes perdurent : elles portent des habits traditionnels au quotidien, elles enseignent la culture, les chants, le tissage à l’école.


Les hommes sont souvent absents car ils sont marins pêcheurs pour la plupart, mais ils sont très importants ! Ils ont toujours été beaucoup plus novateurs que les femmes parce qu’ils partaient à l’étranger. Ils rapportaient leurs découvertes, comme le pigment rouge, devenu la teinte principale des jupes traditionnelles.


Je m’y suis rendu plusieurs fois depuis 2013, toujours une semaine. Je ne comprends pas le dialecte des habitants, je suis simplement avec eux, je les observe. Je photographie en argentique, appareil sur le ventre, ils ne me voient pas prendre les photos, donc ils restent spontanés.


J’ai fini par me faire accepter. On m’a invité à la Sainte Catherine, la Kadripäev. La fête, qui ne se pratique quasiment plus sur le continent, marque le début de l’hiver et dure deux jours. Le premier, ils cuisinent puis s’habillent de façon loufoque et se promènent dans les quatre villages de l’île. Il est difficile de les reconnaître. Au début, les femmes dansent entre elles, les hommes restent assis. Une grand-mère m’a invité à danser.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir :


J’ai pris cette photo le lendemain. Le compagnon d’Herli n’était pas venu à la fête parce qu’il pêchait. Il est revenu épuisé et s’est endormi dans ses bras. Elle continuait à boire et chanter. »


Propos recueillis par Chloé Duval


La série photographique sur Kihnu sera exposée au festival Allers-Retours, au musée Albert Kahn, jusqu’au mois d’octobre. Plus d’infos ici : http://allers-retours.hauts-de-seine.fr/reportages/kinhu-l-ile-des-meres-veilleuses



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