4 janvier 2018

LE YÉMEN SOUS ESCORTE

Catalina Martin Chico

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Catalina Martin Chico revient sur sa traversée de Taïz, cité arabe où bat le cœur de la guerre qui déchire le Yémen.



« Je suis franco-espagnole. Un peu américaine aussi. Et dans mon cœur : yéménite. Tous les ans, depuis dix ans, je m’envole vers ce morceau de terre situé à la pointe de la péninsule arabique. Dès mon premier voyage, j’ai été fascinée par ce pays sous documenté. Il a tant d’histoires à raconter. Plus j’y retourne, plus je m’attache. Et quand il souffre, c’est un peu comme si un membre de ma famille vivait un moment difficile.

En juillet 2017, j’entreprends une traversée d’une semaine dans ce Yémen, désormais en guerre, hyper difficile d’accès. Je ne peux y rentrer qu’avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Arrivés à Aden, nous remontons le pays, traversons des centaines de check-points jusqu’à notre destination finale : Sanaa, la capitale.

Cliquez sur l’image pour agrandir : À mi-parcours, la ligne de front : Taïz, où j’ai pris cette photo. La ville est complètement détruite. Entre les ruines, des pick-up transportent des hommes lourdement armés. Toutes les forces en conflit sont présentes sur la même zone géographique et ont été prévenues de notre arrivée. Séparatistes du sud, partisans du gouvernement, et même des membres d’Al-Qaida au Yémen… tous souhaitent nous escorter.

Qui passe avant qui ? Comment ne pas vexer un groupe armé ? La situation est explosive. Des mobylettes filent plein gaz et font des zigzags. Autour de nous, des hommes aux uniformes différents, coiffés de bérets et de turbans crient en arabe. Des pneus crissent. Toutes les trente secondes je me demande si c’est normal ou si les choses vont partir en vrille. À chaque mètre, la tension monte d’un cran. Ça limite mon champ d’action. À chacune de mes tentatives, on m’ordonne de remonter à bord. Je ne discute pas. Notre percée risquée s’achève enfin. Frustrée, je regarde s’éloigner ce qu’il reste de Taïz. L’important, c’est d’y être passée, même 5 minutes. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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