25 avril 2013

Le départ d’un ami

XXI, 6 Mois et les éditions des Arènes perdent un ami, solide et généreux. Philippe Chaffanjon est mort dans la nuit de mercredi à jeudi. Il était le directeur de France Bleu, après avoir été celui de France Info et une longue carrière de reporter de terrain.



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© RF/Christophe Abramowitch

Avec Patrick de Saint-Exupéry, c’est un compagnonnage de plus de vingt ans qui s’arrête, entamé durant ces années folles de 1989 à 2000, où les reporters couvrirent la chute du mur de Berlin, la première guerre du Golfe, la fin de l’apartheid, le génocide du Rwanda, l’implosion de la Yougoslavie.


Philippe Chaffanjon était un reporter pour toujours. Il était curieux de tout, et d’abord des autres. Il abordait les choses de plain pied. Massif, plein au sens physique et psychologique du terme, son sourire était à lui seul une signature : il illuminait son visage.


Avec XXI, 6 Mois et les éditions des Arènes, l’amitié a été immédiate. C’est lui qui, recevant la maquette de ce qui allait devenir XXI, avait trouvé la signature de la revue : « l’information grand format ». La formule a fait mouche et reste inscrite sur la couverture de chaque numéro. Son enthousiasme pour le projet fut à son image : profond et fidèle. Il était de tous les rassemblements et de tous les rendez-vous. A France info et à France Bleu, il nous a accompagnés dans quelques aventures. Son oui était un oui. Son non était un non. Il répondait toujours simplement, franchement, avec des arguments justes.


A France Info, il avait initié le rendez-vous du dimanche matin avec les auteurs de XXI. Avec lui, nous avions créé le prix France Info/ XXI des jeunes reporters. Il cherchait à faire entrer la vie dans les studios, à raconter simplement tous les sujets. Il aimait la radio parce que c’était un média fraternel.


Pas faiseur pour deux sous, jamais blasé, il était « la force qui va » de Victor Hugo, avec quelque chose de terrien. Le miracle chez « Chaff », c’était de réussir à concilier équilibre, fidélité, générosité et convictions, tout en assumant des postes de direction exposés. Il traçait son chemin comme on creuse un sillon.


Si un mot devait le résumer ce serait celui de gentillesse. On hésite à l’écrire tant ce trait de caractère est devenu synonyme de faiblesse et de mièvrerie. Mais les définitions anciennes du mot « gentillesse » lui vont comme un gant : « noblesse de l’âme, des sentiments », « manière empreinte de grâce, de délicatesse ».


Dans le film « Nous nous sommes tant aimés » d’Ettore Scola, Victorio Gassman dit : « Le futur est passé et nous ne nous en sommes pas aperçus ». Le futur de Chaff n’est plus. Il reste ce qui fait une vie vécue pleinement : un amour et une famille, les mots et les gestes justes, les coups de pouce à tant de jeunes journalistes, les mains tendues, les intuitions et les projets. La mort ne fige pas une vie mais la transforme. Un autre Philippe Chaffanjon nous accompagnera désormais, une présence en clair-obscur, habité par tout ce qu’il a semé et construit.


Nous pensons le cœur serré à sa femme Isabelle, à ses quatre enfants, à ses amis innombrables, à ses collaborateurs de France Inter, RTL, France Info et France Bleu.



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