24 décembre 2018

Le royaume des rennes

Didier Bizet

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Perdus au cœur de la taïga, dans un coin reculé de Mongolie, quasiment à la frontière avec la Russie, des éleveurs nomades tentent de perpétuer un mode de vie vieux de plusieurs milliers d’années. Ils appartiennent à la minorité Doukha, l’une des plus petites ethnies au monde, dont le nom mongol est Tsaatans, littéralement « ceux qui vivent avec les rennes. »

Forcés à la sédentarisation durant la période soviétique, la plupart d’entre eux ont repris leur vie nomade à partir des années 1990. Un quotidien rythmé par la cueillette, la chasse et l’élevage de rennes. Dans la culture tsaatan, les cervidés sont précieux pour leur lait, leur fourrure et la monnaie d’échange qu’ils représentent.

Mais depuis quelques années, les 250 Tsaatans (soit 80 familles) qui peuplent encore ces vastes espaces sauvages glacés sont menacés. Les territoires qu’ils occupent viennent d’être décrétés « parc nationaux », un statut aux lourdes répercussions : interdiction de chasser sur leurs terres, ce qui les oblige à acheter leur viande et à abandonner leur autosuffisance. Pire, en plus du réchauffement climatique qui perturbe l’habitat de leurs troupeaux, ils voient affluer des touristes en quête d’exotisme de plus en plus nombreux. Des tours opérateurs mongoles et maintenant chinois réclament des sommes extravagantes pour organiser des séjours au cœur du peuple des rennes. Les Tsaatans n’y gagnent qu’une poignée de dollars, et beaucoup d’inconvénients : les déplacements vers de nouveaux pâturages sont réduits pour faciliter la vie des touristes, les camps sont transformés en terrain de jeux, la tranquillité de leurs troupeaux est perturbée…

Les valises des touristes quittent les forêts de Mongolie quand l’hiver vient. En cette fin décembre, dans le camp des Doukha, niché à 1600 mètres d’altitude, la neige tombe à gros flocons. Recouverts d’un manteau blanc, la taïga et ses rennes sont tranquilles jusqu’au printemps prochain.

Cette photo est extraite du reportage « Lost Paradise » du photographe français Didier Bizet.
Voir son site : http://www.didierbizet.com

Clara Hesse

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