5 novembre 2015

Les dessous de l’image
de #MYOP in Paris

Les caves du roy

Stéphane Lagoutte

Les photographes de MYOP racontent les coulisses d’une de leurs images exposées à Paris à l’occasion des 10 ans de l’agence.



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© Stéphane Lagoutte/ MYOP

« Tout a commencé lorsque je suis tombé amoureux d’une Libanaise, il y a quatre ans. J’ai commencé à aller régulièrement à Beyrouth. Sans idée préconçue ni projet précis, je me suis retrouvé immergé dans le quotidien de la capitale. J’ai tout de suite été frappé par l’identité forte de la ville. Ça tient à plein de choses, notamment à l’architecture anarchique, des maisons très belles surplombées d’autoroutes, des grands immeubles, des bâtiments en ruines… Et puis, malgré ce qu’on raconte sur la vie nocturne de Beyrouth, il y a chez ses habitants comme une faille, liée au traumatisme de la guerre.


J’ai eu envie de traduire ce sentiment en images. On m’a parlé d’un hôtel désaffecté où on pouvait trouver des négatifs dans les décombres. Avant la guerre, il y avait une boîte de nuit dans cet hôtel, « Les caves du roy ». Beaucoup de Libanais venaient y danser et s’y sont faits photographier. Lorsque les milices ont réquisitionné les lieux pendant la guerre, les négatifs sont restés en plan, puis ont été noyés sous les gravats. Les pellicules sont empreintes de poussière, de l’histoire des lieux. Je trouvais ça beau.


Ça m’a donné l’idée de faire des superpositions d’images : celles d’hier, trouvées à l’hôtel, et les miennes, qui reflètent ma vision de la ville. Sur celle-ci, on voit les ruines du hall de l’hôtel, les sourires des gens qui s’y sont amusés, et ma silhouette, témoin de la vie d’aujourd’hui. Ce n’est pas du montage pour du montage, ça raconte aussi le réel, mais d’une autre façon, plus documentaire. C’est la première fois que je fais ce genre de photographie. Je suis plutôt un reporter, je pars où on m’envoie et je ramène des images à chaud… là, j’ai appris à prendre du recul. »


Propos recueillis par Victoria Scoffier


Retrouvez la série de Stéphane Lagoutte exposée à la Galerie L’Oiseau, 25 rue Beautreillis, 75004 Paris.
Jusqu’au 28 novembre 2015



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