28 mars 2012

Les délogés de Lagos

Dans le numéro 3 de 6Mois, le milieu interlope du business du pétrole au Nigeria est ausculté par le photographe suisse Christian Lutz. Contre-champ avec Michael Zumstein, de l’agence Vu, qui a photographié des habitants expulsés par les promoteurs qui leur préfèrent la clientèle expatriée.



Lagos, capitale économique du Nigeria. Ici, le pétrole est roi, les dollars sont brassés par millions. Le pays est le 11e exportateur mondial d’or noir. Shell, Exxon, Chevron, Total, Agip se pressent en contrebas, dans le delta du Niger, où il affleure la terre. Les dégâts de cette surexploitation sont multiples : détournement de pétrole, corruption des fonctionnaires locaux, pollution des sols, rébellion des populations dans des mouvements armés.

À Lagos, il est une catégorie de victimes dont on ne parle jamais : les expulsés, les délogés, les sans-toits. Ceux qui ont été poussés dehors par l’explosion du prix des terrains. Poussés dehors, en somme, par les expatriés, les nouveaux riches et leur niveau de vie.

« La responsabilité des compagnies expatriées est indirecte, bien sûr : ce n’est pas un bulldozer Total qui vient raser les bidonvilles, explique le photographe. Mais elles provoquent directement l’inflation des loyers et poussent les pauvres de plus en plus loin du centre-ville. »

Dans cette ville à l’urbanisme anarchique, dix millions d’habitants tentent de cohabiter. Les bidonvilles pullulent. De nouveaux migrants, travailleurs de tous pays, s’entassent. Ils ne connaissent pas leurs droits : face à des promoteurs immobiliers véreux, capables de tout pour récupérer le moindre mètre carré de terrain, ils ne font pas le poids. Pour se prémunir, certains affichent sur leur façade : « This house is not for sale » (cette maison n’est pas à vendre).

© Michael Zumstein

En 2009, Michael Zumstein est parti à leur rencontre avec une commande de l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International. Il s’est rendu à l’endroit où, quinze années auparavant, un bidonville avait été rasé pour laisser place à un grand hôtel. De fil en aiguille, il a retrouvé ses habitants : ils logeaient dans des lotissements sordides où, à chaque saison des pluies, les conditions d’hygiène devenaient exécrables. Le terrain avait pris de la valeur à son tour, et ces gens-là étaient de nouveau expulsables.

Marion Quillard

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©Michael Zumstein
Expulsés du bidonville de Makoko dans les années 1990, les habitants du quartier d’Ilasan sont de nouveau menacés d’expulsion. Ce quartier qui n’a jamais été entretenu est aujourd’hui convoité par les promoteurs immobiliers.
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© Michael Zumstein
Symbole de la modernité dans les années 1970, ce quartier n’a plus aujourd’hui ni l’électricité ni l’eau courante.


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