30 octobre 2015

Les dessous de l’image
de #MYOP in Paris

Migrant 2.0

Olivier Jobard

Les photographes de MYOP racontent les coulisses d’une de leurs images exposées à Paris à l’occasion des 10 ans de l’agence.



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© Olivier Jobard

« Au printemps dernier, je suis parti sur l’île de Kos, en Grèce. J’ai passé un mois sur place avant de rencontrer Ahmad, sa femme Jihan et leurs deux enfants Maya et César. Ahmad est né en Syrie d’un père palestinien réfugié. Il est apatride, ses enfants aussi. La famille a décidé de rejoindre la Suède, connue pour délivrer plus rapidement des papiers aux personnes dans cette situation.


A Kos, nous avons dû attendre une dizaine de jours pour prendre le ferry jusqu’au continent. Ensuite, avec une trentaine d’autres Syriens, nous avons marché jusqu’à la Macédoine. Tout cela est plus organisé qu’on le pense. Par exemple, il y a un comptable qui gère le pot commun du groupe, chaque famille lui donne de l’argent pour qu’il réserve les hôtels et couvre les frais.


Sur cette photo, nous sommes déjà arrivés en Macédoine, nous nous dirigeons vers Gevgelija. Il faut absolument atteindre le poste frontière pour obtenir des laissez-passer, et ne pas se faire attraper avant, par la police ou des rôdeurs.


La lumière est trompeuse : cette photo est prise en pleine nuit, à 2h45. Nous venons de dépasser Bogoroditsa, le premier village après la frontière. Des chiens se sont réveillés et aboient, tout le monde se met à courir sur la colline. On voit Ahmad avec César sur ses épaules. Au fil des jours, Ahmad est devenu le leader du groupe. Avec son téléphone, l’aide des réseaux sociaux et Google Maps, il a réussi à trouver le chemin et à mener tout le monde à travers champs. C’est un migrant 2.0… C’est ce que symbolise pour moi cette photo.



Derrière la colline, les lumières du casino de Gevgelija. On le voit bien sur la dernière image de la planche contact. Ce qu’on ne voit pas, par contre, c’est la musique qui vient du casino. Grâce à elle et aux éclairages des néons, on a pu s’orienter et contourner l’autoroute, jusqu’à atteindre la ville. »


Propos recueillis par Victoria Scoffier


Retrouvez les photos d’Olivier Jobard exposées au Point Ephémère
200 Quai de Valmy, 75010 Paris
Du 31 octobre au 10 novembre



Trait de s?paration
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