1er décembre 2016

Les dessous de l’image

Nouveau départ

Marie Tihon

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué. Marie Tihon revient sur une scène heureuse. C’est l’anniversaire de Yasmin, une jeune Syrienne fraîchement arrivée en Turquie.



« Cette photo est tirée d’un travail sur le long terme, qu’il faut que je continue de creuser. C’est un reportage sur la communauté syrienne à Istanbul. J’ai décidé de m’intéresser aux parcours inspirants de jeunes réfugiés syriens, pour combattre les clichés, l’image de réfugiés misérables coincés dans des camps.


J’en ai rencontrés qui sont en Turquie depuis quatre ans, d’autres depuis six mois. Leur intégration est en cours, même si c’est un terme que je n’aime pas, et leurs nouvelles vies méritent d’être mises en lumière. Il faut que les prochaines vagues de réfugiés sachent qu’un avenir est possible.


Cette photo est l’une de celles que je préfère parce qu’elle est spontanée. On est dans l’émotion et c’est ça que je veux atteindre. Je la trouve esthétiquement belle et parlante. Elle montre Yasmin, le jour de son anniversaire. Elle essaye de joindre son papa qui n’est pas en Turquie, et en même temps elle parle en turc à ses voisins par la fenêtre. Ils lui disent « Viens dehors, on va fêter ça ! ». La scène est belle. Elle symbolise bien l’accrochement à la famille et l’entrée dans une nouvelle vie.


Cliquez sur l’image pour l’agrandir :


J’ai rencontré Yasmin en faisant du volontariat dans un centre pour réfugiés syriens. Elle s’y investit à fond, elle donne des cours de turc tous les jours. Elle fait tout pour aider sa communauté. C’est le cas des quatre autres personnes que je suis. J’ai décidé de l’inclure dans le projet parce qu’elle fait encore des études. Elle avait 21 ans quand elle a compris qu’elle ne pouvait plus continuer ses études d’ingénieur environnemental à Damas. Ici, elle a été acceptée l’université. Au début, c’était difficile parce que les cours sont en turc. Maintenant, elle le parle couramment et a réussi sa deuxième année.


Elle explique que son étape en Turquie est très bénéfique. Elle est très heureuse. C’est un nouveau départ. Elle s’est créé son cocon.


Je veux montrer qu’elle et les réfugiés en général sont comme nous, à la différence qu’eux ont été forcés de changer de vie. Ils veulent être reconnus comme des personnes à part entière avant d’être des réfugiés. C’est important de faire comprendre à la Turquie mais aussi à l’Europe que ces gens ont envie de tout faire pour recommencer une nouvelle vie. »


Propos recueillis par Anaïs Suire



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