6 juillet 2012

Entretien avec François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles

« On vient à Arles pour être surpris »

Le programme des Rencontres d’Arles, qui viennent de s’ouvrir, est « frais, dynamique et varié », estime celui qui dirige le festival depuis onze ans.



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Reading, 2010 © Anni Leppälä

Pouvez-vous nous expliquer la thématique de cette année, « Une école française » ?

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François Hébel © Niccolo Hébel

Quand l’Ecole nationale supérieure de la photographie (ENSP) d’Arles m’a dit qu’elle fêtait ces trente ans cette année, je me suis aperçu que je n’avais pas tellement d’idée de ce qu’elle avait produit et que cela valait peut-être la peine de ne pas faire un petit anniversaire dans un coin.

Aujourd’hui, l’école de Dusseldörf, née avec l’explosion du marché des collectionneurs, domine l’art contemporain. Elle a inventé une esthétique et une rhétorique passionnantes, mais il existe bien d’autres choses en photographie contemporaine.

Au départ, on ne savait pas très bien où on allait. C’est en parlant avec les photographes que cette programmation a pris de l’importance. Nous avons choisi vingt-quatre artistes sur les 674 diplômés, dans des univers très différents - photojournalisme, art contemporain, mode... Les professeurs de l’école d’Arles ne veulent pas créer des produits, ils aident des photographes à s’épanouir : c’est sciemment qu’ils n’ont pas donné une identité unique à cette école française.

Je suis émerveillé par le programme, il est frais, dynamique, varié. Il montre que le champ de la photo est étendu, qu’il y a une exigence dans l’école d’Arles.

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Série Smile Forever, 2012 © Olivier Metzger, diplômé de l’ENSP.

Quel est le lien entre l’ « école française » et d’autres artistes exposés, comme Amos Gitaï ou Josef Koudelka ?

On a monté les expositions par étapes. D’abord, les photographes de l’école. Ensuite, trois anciens élèves nommés commissaires sont venus travailler sur des fonds : celui du musée Galliera de la mode, à Paris ; les archives Alinari, la plus ancienne firme photographique au monde devenue une fondation ; et les collections de la Société française de photographie, l’une de plus importantes collections privées de photographies historiques en Europe, où l’on trouve l’essentiel des brevets photo du XIXe siècle.

Chaque année, je refuse des tas de photographes, et là, je me suis aperçu que quatre photographes auxquels j’avais dit « peut-être » étaient de grands artistes étrangers qui avaient choisi de travailler en France : Amos Gitaï, Josef Koudelka, Klavdij Sluban et Alexandra Catiere. J’ai trouvé intéressant, en cette année électorale, de montrer l’enrichissement que les étrangers apportent à la France dans le domaine de l’art.

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Intérieur de char d’assaut type Saint Chamond, d’après le stéréogramme du lieutenant H. Allard, Anaglyphe © Léon Grimpel, Société Française de Photographie

Cet éclectisme, ce mélange d’art contemporain, d’installation et de photographie documentaire rend l’identité des Rencontres d’Arles assez floue...

Tant mieux ! C’est un festival qui a quarante trois ans de découvertes de talents, d’histoire de ruptures esthétiques... Si les gens veulent voir des choses mâchées d’avance, qu’ils ne viennent pas à Arles ! Il faut aller ailleurs, dans les institutions parisiennes par exemple, il y en a au moins dix qui font de la photographie sérieusement, qui exposent des artistes archi reconnus, bien installés dans l’histoire de la photographie. On vient à Arles pour être surpris.

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Centre spatial guyanais, 2007 © Vincent Fournier.

Durant la semaine d’ouverture, toutes les deuxièmes parties de soirées du théâtre antique sont consacrées à l’agence Magnum, que vous avez auparavant dirigée pendant douze ans. Magnum, ce n’est pas vraiment une découverte...

Avez-vous déjà entendu 22 photographes de Magnum raconter ensemble un projet qui a été un tournant dans leur carrière ? Pas moi. Je ne fais pas le commerce de Magnum ni de qui que ce soit. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en perspective les choses, d’expliquer différemment l’histoire de la photographie, de découvrir de nouveaux talents...

Pourquoi Magnum ?

D’habitude, l’agence fait ses assemblées générales à New-York, à Londres ou à Paris. Cette année, les photographes avaient décidé de se réunir à Arles et nous avons profité de cette occasion. Je ne demande pas que tout le monde aime le programme, moi-même je n’aime pas tout. Mais parfois, cela vaut la peine de montrer autrement des choses déjà consacrées. L’année dernière par exemple, nous avons fait une exposition sur Robert Capa. Mais avec les négatifs inédits de la valise mexicaine.

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Moravie, 1966. Avec l’aimable autorisation de Josef Koudelka et de Magnum Photos © Josef Koudelka

Ce n’est pas la première fois que Josef Koudelka (lui aussi photographe de Magnum) est exposé aux Rencontres.

La dernière fois, c’était il y a onze ans, sous la direction de Robert Delpire, c’était une autre histoire. Il n’y avait pas l’ensemble de ses tirages argentiques sur les gitans, ni les maquettes de ses livres. Jamais encore il n’avait présenté au public tous ses tirages.

Parfois, il y a des commissaires, comme Martin Parr, Nan Goldin ou Christian Lacroix, parfois il n’y en a pas. C’est un an sur deux ?

Je m’entoure toujours de plusieurs commissaires. Certains sont davantage mis en avant, c’est vrai, quand il s’agit d’artistes qui ont la générosité de s’intéresser à d’autres artistes, et qui connaissant suffisamment la photo : mais ils sont peu nombreux, et sont toujours accompagnés par d’autres commissaires. En fait, les deux seules règles des Rencontres sont : l’essentiel des expos doivent être monographiques ; les commissaires doivent proposer des univers photographiques différents.

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Gland et ragoût d’opossum, Wildroots Homestead, Caroline du Nord, 2006 © Luca Foglia

Quel est le budget des Rencontres ?

Il était de 5,5 millions d’euros l’an dernier, 6 millions cette année, dont 46% des fonds publics, 36% de recettes propres (billetterie, stages, boutiques) et 18% du mécénat.

Combien avez-vous de visiteurs ?

L’an dernier, nous avons eu 84.000 visiteurs ; ils étaient 9.000 en 2001. Début septembre, pour la « Rentrée en images », nous accueillons aussi 9000 jeunes de 300 établissements scolaires. Nous avons fait une petite enquête : en moyenne, les gens qui viennent une première fois reviennent trois fois en cinq ans et recommandent à 90% à leurs amis d’aller aux Rencontres ; c’est une sorte de république bananière !


Propos recueillis par Léna Mauger



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