1er mars 2012

Regards croisés sur le Mexique

Paul Strand et Henri Cartier-Bresson, grands photographes du XXe siècle, ont tous deux vécu au Mexique au début des années 1930. Pourtant, les images qu’ils en ramènent n’ont rien de semblable. La Fondation Cartier-Bresson a choisi de les confronter, dans une exposition ouverte jusqu’au 22 avril à Paris.



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Femme d’Alvaro, Veracruz, 1933 © Paul Strand, Aperture Foundation Inc, Paul Strand Archive

À 42 ans, le photographe américain Paul Strand (1890-1976) a de l’expérience, une certaine notoriété, et besoin de prendre le large, loin de New York, suite à son divorce. Henri Cartier-Bresson (1908-2004) n’a que 26 ans, rien dans les poches, mais une furieuse envie de quitter Paris et de se glisser dans la peau d’un ethnologue. Leurs raisons de partir sont différentes, leur destination est commune. Le Mexique sera leur port d’attache.


Paul Strand arrive à Mexico en 1932, invité par son ami Carlos Chavez, chef du département des Beaux Arts du Mexique. Il voyage de ville en ville deux ans durant, passionné par la culture du pays, l’architecture, et la piété des habitants. Henri Cartier-Bresson accoste à Vera Cruz en 1934 pour une mission documentaire. Celle-ci avorte rapidement, mais le jeune photographe prolonge son séjour d’une année. Il côtoie les artistes de Mexico, lit La peinture et le Surréalisme d’André Breton, et publie quelques photos dans un journal local.


Chacun vit une expérience particulière, intense et personnelle. Tous deux exposent leurs images à Mexico et remportent un certain succès. Peu de temps après, l’un comme l’autre quitte le Mexique pour New York, des négatifs plein la sacoche. Pourtant, face à leurs images, la différence saute aux yeux. A tel point que l’on se demande si le pays où ils ont vécu est bien le même.

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Prostituée, Calle Cuauhtemoctzin, Mexico, 1934 © Henri Cartier-Bresson,Magnum Photos/ Courtesy Fondation HCB


La fondation Cartier-Bresson confronte le regard des deux photographes. D’une salle à l’autre, le visiteur plonge dans le Mexique de Paul Strand puis dans celui de Cartier-Bresson. Décidée par Paul Strand lui-même, la scénographie de la série exposée entremêle portraits, paysages et images religieuses. Immobiles, ses personnages évoquent des icônes. Leurs regards se perdent. L’Américain photographie les âmes, il les sublime.


Les photographies de Cartier-Bresson n’ont pas cette dimension métaphysique. Le Français saisit des situations, ce qu’il nomme des « instants décisifs » : une discussion entre femmes, le regard d’une prostituée… Là, on devine des rires, on surprend un geste. Tout dans l’image évoque la vie qui continue, malgré la présence du photographe.


Chacun à sa façon, les deux photographes montrent le Mexique tel qu’ils l’ont aimé. Alors, de Paul Strand à Cartier-Bresson, le cœur balance…




Victoria Scoffier


Henri Cartier-Bresson/Paul Strand, Mexique 1932-1934.
Fondation Cartier Bresson
2, Impasse Lebouis
75014 Paris
Jusqu’au 22 avril 2012.
Plus d’infos sur www.henricartierbresson.org



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