6 juin 2011

Rencontre avec Claudine Doury

Photographe primée de nombreuses fois pour son travail, Claudine Doury n’a pas froid aux yeux. Son intérêt pour les peuples les peuples de l’Est l’a menée en Sibérie, au Kazakhstan ou encore en Ukraine. Chaque voyage est l’occasion d’une série photographique saisissante : camps d’été qui proposent aux jeunes russes aisés de revisiter l’idéal soviétique, peuples du Kazakhstan sur les traces d’une mer oubliée…



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Le club marin, Artek, Crimée, Ukraine, 1999.

Claudine Doury refuse de parler de « photojournalisme » pour décrire son travail. Elle préfère le terme de « documentaire photographique ». Des séries documentaires, elle en a menées, nombre d’entre elles questionnant les formes modernes du rite de passage. Tantôt à Cuba, tantôt en France, tantôt aux Etats-Unis, elle a photographié ce jour important qui marque l’avènement d’un nouvel âge. A la frontière de la sociologie, son travail révèle les différences entre les interprétations possibles de ce rite. Les célébrations traditionnelles comme les nouveaux phénomènes de jeunesse en Occident sont deux facettes d’un même phénomène, la construction d’une nouvelle identité.

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Quinceanera de Mabelle, La Havane, Cuba, 2006


Pour Claudine Doury, le photojournalisme vit aujourd’hui une phase difficile de remise en question et de repositionnement. De moins en moins de journaux ou magazines se permettent de financer les reportages. Les photographes sont amenés à diversifier leurs activités. « Le photojournalisme n’est pas mort pour autant, souligne-t-elle. Il se développe simplement autrement. Je rencontre sans cesse de jeunes photographes porteurs d’idées et de formes nouvelles. Ils trouvent - par Internet notamment - d’autres façons de diffuser leur travail ».


Comme la plupart de ses confrères, Claudine Doury vit également de photographie d’entreprise, de ventes de tirages et de l’enseignement, par le biais de stages. « L’engouement pour les stages participe de l’évolution de la photographie, affirme Claudine. Les frontières entre l’espace des photographes professionnels et l’espace des amateurs tendent à s’estomper tant le medium est accessible et ouvert à la créativité. »

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La cloche de verre, 2009.


Claudine Doury dit pourtant se sentir « assez loin » de cet espace en mutations. « Je me rapproche de sujets plus intimes, plus personnels, et ma forme est plus systématique », confie-t-elle. Elle photographie sa propre fille, et la meilleure amie de celle-ci, dans un portfolio intitulé provisoirement Sasha. En choisissant ce sujet elle documente la métamorphose de l’enfant vers l’âge adulte, et traite de manière poétique la question de la construction de l’identité à l’adolescence. Plutôt que de diriger son objectif vers les événements qui marquent l’entrée dans l’adolescence, elle choisit de « travailler sur les différents états de l’âme que traverse une jeune fille ». Ce glissement du regard vers un angle plus intimiste et poétique donne aux photographies de Claudine Doury une dimension quasiment intemporelle. La beauté et la puissance de ses images se tiennent là, dans le jeu entre art et reportage, poésie et quête de sens.

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Sasha et les limaces, 2007


www.claudinedoury.com


Victoria Scoffier.



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