1er mai 2011

Rencontre avec Pascaline Marre

Photographe indépendante à Paris, Pascaline Marre est une femme pétillante et pleine de modestie. Ses images, empreintes d’une nostalgie pudique, racontent ce qui se perd dans l’oubli : un peuple soumis au déni, des individus effacés derrière la façade grise de leur cité, la maison de son enfance… Pourtant, son « Travail n’intéresse personne », et le livre qu’elle publie sous ce titre témoigne de sa persévérance. Elle y raconte son parcours du combattant au sein des rédactions avec une auto dérision touchante. Rencontre.



D’où vous est venue l’idée de faire ce livre ?


Il y a déjà quelques années, j’allais de rédaction en rédaction, sans rencontrer de succès. Mon mari m’a suggéré en plaisantant d’écrire un livre. J’ai pris l’idée au sérieux, et le titre m’est venu instantanément. Mais je prenais aussi un risque en adoptant le ton de l’auto dérision, c’est un humour peu usité en France…Heureusement, mon éditeur est belge ! Le projet lui a plu… Ensuite, la librairie du 29 (librairie spécialisée en photographie, située au 29 de la rue des Récollets à Paris) m’a contactée pour exposer quelques unes de mes photographies et organiser une signature de mon livre.


Comment êtes vous arrivée à la photographie ?


Par des détours…mais c’est avant tout un rêve d’enfance. Mon baccalauréat en poche, je suis partie au Etats-Unis étudier l’histoire de l’art et la photographie. A mon retour en France, j’étais décidée… je serais photographe. Beaucoup de mes images sont destinées à des entreprises, d’architecture ou de décoration par exemple. Mais les sujets de société me tiennent davantage à cœur et une grande partie de mon travail aujourd’hui s’en inspire tout en prenant une tournure assez intime et personnelle. Mon mari est arménien, je me sens donc touchée par l’histoire de ce peuple. J’ai fait des recherches approfondies et je suis choquée par le mensonge d’Etat qui étouffe cette affaire. Comment vit-on aujourd’hui en Turquie un tel déni ? Y a t il une place possible pour une remise en question ? On me reproche de choisir un sujet sans intérêt actuel. Au contraire, tant que le génocide arménien ne sera pas reconnu officiellement, il restera à mes yeux d’une intense actualité.


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Ani
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Sivas, quartier arménien


Qu’est ce qui fait l’originalité d’un sujet en photographie ?


De mon point de vue, l’originalité tient à l’angle choisi lorsqu’on aborde un sujet. Je pense par exemple à Alessandra Sanguinetti, cette photographe qui a suivi les jeux de deux cousines, Guille et Belinda. Son travail est magnifique car il aborde un thème universel, le jeu et l’imaginaire enfantin, avec un regard très intime. A mes yeux, la photographie doit pouvoir révéler le monde autrement qu’à travers le prisme des conflits et des crises. Elle peut aussi montrer des histoires quotidiennes simples et joyeuses.


De l’Arménie au Lot, en passant par la Courneuve, quel est le trait d’union entre vos photographies ?


Tous mes sujets ont pour racine une émotion forte et une forme d’obsession pour la disparition, même si j’ai tendance à aller vers des sujets qui me concernent plus personnellement. Le projet Rencontres à domicile (réalisé avec la plasticienne Gaële Braun) sur les habitants de la cité des 4000 à La Courneuve contenait quelque chose de très fort. J’ai été touchée dès le départ par ce milieu que je ne connaissais pas sinon par l’image négative donnée par les médias. J’ai voulu rencontrer les gens qui se trouvaient derrière ce vernis, aller contre les généralités, et faire sortir l’humain qui se cache derrière les fenêtres de la cité.


Propos recueillis par Victoria Scoffier.


Retrouvez Pascaline Marre sur www.pascalinemarre.com
Mon travail n’intéresse personne, Pascaline Marre, éditions Husson.



Trait de s?paration
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Commentaires Comments
  • Je connais Pascaline depuis si longtemps, et je suis émerveillée par son assiduité, son intelligence de coeur et son assuidité.
    "Son travail n’intéresse personne" est passionnant et intéressera je suis certaine beaucoup de monde.
    Claire

    claire 2 mai 2011 12:15
    Trait de séparation
  • Je suis le travail de Pascaline Marre depuis plusieurs années et suis toujours autant ébahie par la force de ce que ses photos dégagent. Merci pour votre article et le (très bon) choix des photos qui l’accompagnent.

    1er mai 2011 23:14
    Trait de séparation
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