9 septembre 2016

Les dessous de l’image

Retour à la ferme

Brice Portolano

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué. Brice Portolano nous raconte l’histoire du demi-cochon qui nourrira Ben et Katherine pendant un an.



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@ Brice Portolano

" C’est une photo que j’ai faite en mars 2013 à Salt Lake City, dans l’Utah. Je voyageais dans l’ouest Américain, je venais de terminer un stage chez un photographe américain à Portland et je faisais un road trip dans l’ouest américain avec une amie polonaise.

On avait loué une voiture et on s’est arrêté à Salt Lake City où on avait trouvé Ben sur couchsurfing, la plateforme d’hébergement chez l’habitant. On est restés un weekend chez lui et Kathrine, sa femme, à deux kilomètres du centre-ville. Ils produisent la quasi-totalité de leur nourriture. Lui est producteur de radio en ville, elle prof de sport.

Il y a quelques années, ils ont décidé de se reconnecter à leur nourriture en produisant la quasi-totalité de ce qu’ils mangent, afin d’éviter les produits transformés et industriels bourrés d’hormones de croissance, d’OGM et de vaccins.

Chaque année au mois d’octobre Ben part dans les montagnes de l’Utah pour chasser le wapiti afin d’assurer sa consommation de viande pour l’année. Pour compléter, il achète un demi cochon (on ne le voit pas là mais il est coupé latéralement). Il récupère le gras pour faire de la charcuterie avec la viande de wapiti qui est assez sèche.

Au moment de la photo, il revient de la petite ferme bio locale où il a acheté le demi-cochon. Le cochon dans les bras, il se dirige vers la cuisine. Je lui demande de s’arrêter, Catherine le rejoint, une poule dans les bras et ils s’embrassent, pour le souvenir. Le cochon est un élément central dans l’organisation des provisions annuelles.

Quand je suis parti en road-trip dans l’Utah, j’avais une toute autre idée en tête. Je cherchais des citoyens possédant des armes. Je suis tombé sur Ben parce qu’il chassait au fusil, même si maintenant il chasse à l’arc. Finalement, c’est cette rencontre qui a donné naissance au projet NO SIGNAL, qui documente le retour de l’Homme à la nature au XXIe siècle. C’est une série sur des individus qui remettent en question des valeurs qui ne leur correspondent plus, sans s’affranchir de la modernité ni se marginaliser. Ensuite, je suis parti en Alaska et en Finlande.

Cette photo est la toute première, celle qui a donné naissance au projet. C’est l’une de mes favorites, non seulement pour ce qu’elle représente, mais aussi pour son esthétique, pour moi elle a tout d’une bonne photo ! Et puis elle fait réagir. Ce qui m’intéresse, c’est de faire en sorte que les gens, en voyant mes images, se posent des questions sur leur relation avec la nature. Et quand ça arrive, ça me fait plaisir. »

Propos recueillis par Angélique de Place

Brice Portolano expose à la galerie Art en Transe du 8 au 25 septembre, 4 rue Roger Verlomme, 75003 Paris. Plus d’infos ici



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