17 septembre 2013

Témoins d’ici

Des photographes européens témoignent depuis 2012 de la montée des populismes dans leurs pays. Leurs images sont exposées à Utrecht, aux Pays-Bas.



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© Andrea Gjestvang


Comment photographier la montée du populisme en Europe ? Deux Néerlandais, Jan-Joseph Stok et Dirk-Jan Visser, se sont posés la question après l’ascension fulgurante de leur compatriote ultra-nationaliste Geert Wilders, en 2010. « Nous passions notre temps dans des pays étrangers à couvrir des conflits mais, tout à coup, il se passait quelque chose chez nous, explique Jan-Joseph Stok. Nous étions au cœur d’un phénomène social et politique terrifiant, il fallait le documenter sans attendre. »

Pour témoigner de cette démagogie politique, qui désigne des ennemis et les jette en pâture à des peuples dévastés par la crise, les deux compères bâtissent un projet européen prévu pour durer plusieurs années - jusqu’à ce qu’il ne soit plus nécessaire de continuer, aiment-ils préciser.

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© Maria Turchenkova


Ils en parlent à des amis, convaincus eux aussi que ce qui se passe dans leur pays d’origine, en Italie, en Hongrie ou même en Finlande, n’augure rien de bon. Petit à petit, les Allemands Nico Baumgarten, Tinka et Frank Dietz, la Norvégienne Andrea Gjestvang, le Finlandais Rami Hanafi, la Belge Wendy Marijnissen, le Britannique Ed Thompson, la Russe Maria Turchenkova et les Grecs du collectif The Prism se joignent au projet. « The Rise of populism » est né.

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© Wendy Marijnissen


Chacun choisit une manière subjective de témoigner de ce mouvement multiforme. « Le populisme est une notion abstraite. C’est un sentiment qu’on a quand on regarde la télé, ou qu’on entend deux dames dans le métro dire qu’il y a beaucoup d’étrangers dans la rame : comment le photographier ? », se demande Dirk-Jan Visser. « C’est difficile, mais il faut le faire. », répond Jan-Joseph Stok. Lui a décidé de travailler sur la population rom en France : « Un sujet populiste par excellence, dont on parle dès qu’il y a une élection, en précisant que ce n’est pas du racisme, non non, que c’est autre chose. Ah bon, et c’est quoi alors ? »

Son compatriote, Dirk-Jan Visser, déconstruit le cliché exploité par l’extrême-droite d’une Hollande bucolique et conservatrice, tissée d’identités simples et de valeurs fortes : terre, famille, travail. Il photographie ses voisins, des agriculteurs « qui vivent confortablement en vendant des poulets, voyagent plusieurs mois par an, sont ouverts aux autres cultures et savent pertinemment que tout cela, c’est à l’Europe et à la politique agricole commune qu’ils le doivent. » Ed Thompson photographie un groupe d’extrême-droite britannique, la Defense League, Andrea Gjestvang des jeunes qui tentent de se remettre du massacre d’Utoya en Norvège…

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© Dirk-Jan Visser


Jan-Joseph Stok parle d’un projet « idéaliste » : « Certains se seraient engagés en politique ; nous, nous utilisons notre outil, la photo, pour dénoncer une situation délétère. Si Marine Le Pen est élue présidente de la République en France, je refuserai d’entendre : "Ah, si on avait su…" Je vous l’aurai mis sous les yeux, vous n’aurez plus d’excuses. »

Marion Quillard

« The Rise of Populism »
Un projet collectif exposé à Utrecht, aux Pays-Bas, jusqu’au 21 septembre 2013.



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