9 septembre 2011

Tendance Floue, vingt ans de collectif

Les Rencontres d’Arles 2011 ont laissé carte blanche à Tendance Floue, un collectif qui fête ses 20 ans cette année. La salle d’exposition tient plutôt du hangar que du musée, avec ses éclairages sombres et ses plafonds élevés. Le collectif en profite pour prendre de la hauteur. Un totem de photographies se dresse au cœur de la salle, tandis qu’une cabane de bois de pin, suspendue, offre un recoin intimiste, une plongée dans la vie de la bande. Parmi les photos en vrac éparpillées sur les murs roses, cette phrase : « Tendance Floue a été conçue sur le modèle du cadavre exquis, un cadavre nu, sans inconnu, que l’on a construit de manière exquise »…



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Patrick Tourneboeuf/Tendance Floue


« La liberté, oui, individuelle, non ! »


A l’origine, trois hommes et une même envie, « se retrouver autour d’idées communes et forger un tout où chacun est indispensable aux autres », affirme Mat Jacob, un des fondateurs. Ils sont jeunes, passionnés. Patrick Tourneboeuf, Denis Bourges et Mat Jacob se rencontrent en 1989 autour de la revue Mag J, créée par Pierre Bergé pour célébrer les deux cents ans de la Révolution Française. Si la revue s’essouffle rapidement, les trois photographes éprouvent le désir de travailler ensemble. Deux amis, Caty Jan et Thierry Ardouin, se joignent au trio.


Pendant deux ans, ils font connaissance, échangent des idées, cherchent la meilleure forme de rassemblement. A contre-courant des grandes agences de photographes telles que Sygma, Gamma, ou Vu’, ils optent pour le collectif, rassemblés sous le nom de « Tendance Floue », une dénomination fidèle à leur démarche : « "Tendance" parce que nous allons ensemble vers un but commun, une idée à partager, "floue" parce que nous revendiquons son caractère indéfini et libre, où tous les possibles sont permis, explique Mat Jacob. Chaque individu peut et doit se retrouver dans le concept collectif. C’est une tentative d’équilibre entre les individualités dans le collectif. » Leur cri de ralliement : « La liberté, oui, individuelle, non ! ».


Le feu originel

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Arles, 1991.Tendance Floue


Premier projet concret en Arles, en 1991. Ils racontent une histoire en 36 poses, chaque photographe étant libre de choisir son sujet. Les photos sont ensuite exposées dans une galerie de la ville. Le soir du vernissage, ils brûlent les négatifs, et la nuit, ils placardent des affiches dans toute la ville. « Beaucoup ont cru que notre démarche était réfléchie, conceptuelle, que nous cherchions à rendre les photos uniques, raconte Mat Jacob. Pour nous il s’agissait plutôt de rassembler les gens autour d’une démonstration festive, qui marque les esprits ».


Vingt ans après cet acte fondateur, une quinzaine de personnes a rejoint Tendance Floue. Les photographes ne travaillent pas toujours ensemble mais ce sont les projets collectifs qui les soudent. Le reportage « 0h00 GMT », publié par le magazine Géo, n’aurait pu exister sans un collectif. Au même moment et 24 heures durant, dix photographes ont capturé la vie quotidienne de dix coins de rue dans le monde.

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Carrefour "Gold market", New Delhi, Inde, le 25 avril 2004 à 6h. ©D.Bourges/Tendance Floue
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Maroc, province de Zagora. Carrefour de la Route N9 et de la piste du village de Timettigue, le 25 avril 2004 à 17H33. ©O.Culmann/Tendance Floue
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Carrefour de deux chemins communaux au pied d’un cimetière orthodoxe, dans la région de Maramures, massif montagneux des Carpates, Roumanie, le 25 avril 2004 à 21h30. ©P.Lopparelli/Tendance Floue


Les « Mad In » sont eux aussi des projets singuliers. Le principe : s’immerger dans un lieu, une ville ou un pays, produire une revue en quinze jours et la faire imprimer sur place. Le jeu et l’expérimentation sont au cœur du projet, pas question de méthode ni de perfection. « Le jour où un Mad In fonctionnera parfaitement, ce sera problématique », souligne Mat Jacob dans un sourire. Ainsi sont nés Mad In China, Mad In India, Mad In France, ou encore Mad In Sète.

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Image réalisée dans le cadre du projet collectif "Mad in China". Tendance Floue.


« L’envie de création est plus forte que tout »


Comment un tel collectif subsiste-t-il ? Une bande de copains, travaillant ensemble au sein d’une structure sans direction, n’est-elle pas vouée à l’implosion ? «  Tendance Floue ne peut pas exister sans un certain don de soi. L’équilibre est fragile, les concessions et l’investissement personnel sont nécessaires à la survie de la meute. Une énergie commune nous soude, et l’envie de création est plus forte que tout », répond Mat Jacob. Certains projets sont achetés par la presse, d’autres sont auto-financés, d’autres réalisés dans le cadre de résidences d’artistes…Le collectif résiste à la crise du photojournalisme, car il a su se diversifier : « Nous ne sommes ni des photojournalistes, ni des photographes de galerie, ni des photographes de banques d’images. Nous n’avons jamais travaillé dans un seul domaine, ce qui nous sauve », explique Mat Jacob.


Voilà vingt ans que l’alchimie dure. Tant mieux.




Victoria Scoffier


Passage a l’acte. Exposition Tendance Floue aux Ateliers SNCF - le Mejan sur l’invitation d’Acte Sud, aux Rencontres Photographiques Internationales d’Arles 2011. Jusqu’au 18 septembre.

Visiter le site de Tendance Floue.

Extrait de Mad in China

Les photographes de Tendance Floue ont réalisé un film sur la confection de leur premier Mad In, à Pékin. En voici un extrait. L’intégralité de la vidéo est visible sur leur site Internet.

Extrait de Mad In China IMG/flv/Extrait_Mad_In_WEB.flv

Montage : Stéphanie Deniel
Réalisation : Thierry Ardouin
Textes, images et sons : Pascal Aimar, Thierry Ardouin, Denis Bourges, Cécile Cazenave, Gilles Coulon, Olivier Culmann, Mat Jacob, Philippe Loparelli, Bertrand Meunier, Meyer, Vincent Rea, Flore-Aël Surun, Patrick Tourneboeuf.



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