23 janvier 2014

Les dessous de l’image

« Un paradis perdu »

Jocelyn Bain Hogg

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué.



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©Jocelyn Bain Hogg


Nous sommes en 1992, à Glastonbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Tous les ans depuis 1970 un immense festival de musique est organisé ici. Dans les années 1980, c’était le rendez-vous des « New Age travellers », des voyageurs inspirés de la mouvance hippie qui vivent en communauté et se déplacent en roulotte. A l’époque, ils se promenaient par centaines sur les routes d’Angleterre d’un festival à l’autre. Mais au début des années 1990, les mœurs changent.

L’Angleterre sort alors de dix années de thatchérisme. Le pays est marqué par une profonde instabilité sociale et économique. Beaucoup de festivals sont encore gratuits et complètement informels, sans aucun droit d’entrée, mais ces rassemblements commencent à être vus d’un mauvais œil. En 1990, une confrontation entre les agents de sécurité de Glastonbury et les « travellers » mène à plus de deux cents arrestations. Quatre ans plus tard, le gouvernement conservateur passera une série de lois visant à durcir la répression de ces « comportements anti-sociaux ».

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©Jocelyn Bain Hogg


L’année 1992, celle de la photo, est pour ainsi dire la dernière d’une époque révolue. A mes yeux, cette image est le symbole d’une liberté perdue : les gens se baladent complètement nus, ils jouent comme des gamins à faire des bulles. Un homme se trouve pris dans la bulle et c’est « l’instant décisif » : une seconde plus tard, l’image a disparu. Aujourd’hui, on trouve encore des gens pour se promener nus au festival de Glastonbury, mais ce n’est plus pareil. Le ticket d’entrée coûte 250 euros, il faut le réserver des mois à l’avance.

Cette photo marque également un tournant dans ma vie professionnelle. Jusque-là, je faisais des photos de mode et un peu d’actualité. Ce reportage sur les « travellers » est ma première « vraie » histoire pour un magazine, celle qui m’a permis de réaliser qu’on pouvait raconter le monde avec un appareil. Bien sûr, l’image fait sourire, mais on peut dire beaucoup de choses grâce à l’humour. C’est mon style : britannique, excentrique, étrange. J’ai commencé « La firme », une immersion de quatre ans dans le milieu du crime organisé, quelques années plus tard. Tout est parti de là.

Propos recueillis par Mathilde Boussion



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