25 février 2013

Un photographe français tué en Syrie

Olivier Voisin, photojournaliste français âgé de 38 ans, est décédé dans la nuit du 24 au 25 février dans un hôpital turc après avoir été blessé par des éclats d’obus en Syrie.



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©Edouard Elias


La nouvelle est tombée un an presque jour pour jour après la mort des photographes Rémi Ochlik et Marie Colvin en Syrie. Le photojournaliste français Olivier Voisin, 38 ans, touché jeudi 21 février par des éclats obus à la tête et au bras alors qu’il accompagnait un groupe rebelle dans la région d’Idlib au nord de la Syrie, est décédé de ses blessures dans la nuit de samedi à dimanche à l’hôpital d’Antakya, en Turquie, où il était soigné. Vingt-trois journalistes sont morts en Syrie depuis le début du conflit, en mars 2011.

Olivier Voisin connaissait le terrain où il mettait les pieds. Son premier voyage en Syrie remontait au mois d’août. Il y était retourné à plusieurs reprises, publiant son travail dans Libération, Le Monde, La Croix ou encore The Guardian. Il avait déjà opéré sur des terrains délicats, en Tunisie, en Libye, en Haïti pendant l’épidémie de Choléra, mais à son retour d’Alep, en août 2012, « il était transformé », confie l’une de ses amies.

Le conflit Syrien l’avait ébranlé au point de le pousser à rendre les clés de son appartement parisien. Il envisageait de s’installer en Turquie, près de la frontière syrienne, pour suivre sur la longueur une guerre dont il ne voyait pas la fin.

Olivier Voisin aimait les mots et les hommes. « Ce n’était pas juste quelqu’un qui prenait des images », raconte l’un de ses amis. Il écrivait de nombreuses lettres depuis le terrain, souvent longues. Dans la dernière, envoyée à une amie journaliste italienne, il consacre plusieurs lignes à un combattant rebelle rencontré au cours de son voyage, Abou Ziad, « qui a perdu un œil »  : « C’est lui qui confectionne les roquettes maison pour les balancer durant les combats. Il est brave et courageux. Toujours devant, toujours le premier à tout, pour aider, pour couper le bois, donner des cigarettes, se lever. Avec quelques mots d’arabes, on essaie de se parler. »

Il raconte également le quotidien précaire aux côtés des rebelles syriens, le froid, les tirs « à l’aveugle » de l’armée régulière et le sol qui tremble, l’ennui alors que les combattants sont dépourvus de munitions, et précise, lorsqu’il évoque la dureté des journées : « Aujourd’hui, je suis tombé sur des familles qui viennent de Hama, et qui ont perdu leur maison. Du coup, ça relativise les conditions de vie que j’ai au sein de cette compagnie. »

A Alep en août dernier, il s’était fait peur et il avait aimé ça, l’adrénaline, « cette came de merde », qui lui fait alors écrire à une amie française : « Soif de vivre quand tu es dans l’extrême. Soif de mourir quand tu es à la maison. Soif d’y aller quand tu es ici, soif de quitter tout de suite l’enfer quand tu y es. »

Alors il était reparti, sans garantie de vendre ses photos. Dans sa dernière lettre, le photographe indépendant explique : « Je fais les photos et je ne suis même pas sûr que l’Afp les prenne. » Il raconte le dilemme entre l’homme et le reporter sommé de répondre aux attentes des agences, pour qui une guerre sans combats n’est pas de bonne augure : « Le problème, c’est ce que demande l’Afp. Moins j’en fais, moins je gagne aussi et ce que je gagne n’est déjà pas fabuleux. Les jours passent, autant de photos qu’on me demande de faire que je ne fais pas. »

Le besoin d’adrénaline semblait n’avoir de limite que le goût pour l’aventure humaine. Au retour d’Alep en août, il écrivait : « Ce qui me choque le plus dans la corporation, ce sont ces collègues qui vivent une aventure journalistique de plus, en passant à côté de l’aventure humaine des gens que nous rencontrons... A la fin, ça devient ridiculement froid, alors que ces gens ont besoin de chaleur et nous aussi. »

Photographe au parcours atypique, Olivier Voisin s’était longtemps éloigné du monde de l’image, lassé de la précarité du métier, et peut-être aussi de cette « froideur ». Il avait commencé le photojournalisme à 20 ans, et l’avait abandonné pour l’informatique, avant d’y revenir en 2009, au détour d’une enquête sur ses origines. Né en Corée du Sud puis adopté par une famille française à l’âge de trois ans, il était parti en Asie en savoir plus sur les conditions de son adoption. C’est à son retour en France, après s’être découvert un frère, qu’il avait décidé de reprendre la photographie.

Une phrase en particulier était devenue sa « devise journalistique » : « Ce que je perds en illusion, je le gagne en tendresse pour vous. » Elle est de Michel Laurent, le dernier des soixante-quatre journalistes tués lors de la guerre du Vietnam, en 1975, à l’âge de 29 ans.

Mathilde Boussion



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